Henri POUILLOT
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Général Bigeard, ses "hommages"

Sollicité, à la suite de l’annonce de son décès, je suis intervenu le 21 JUIN 2010

Article mis en ligne le 22 juin 2010
dernière modification le 3 octobre 2010
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Bigeard, et ses crevettes s’en vont

Depuis la mort de ce Général, le 18 Juin 2010, un flot d’indécents hommages officiels hallucinants ont été rendus à ce militaire qui déshonore gravement l’image que devrait avoir l’Armée Française, l’armée du pays qui revendique être le berceau de la "Nation des Droits de l’Homme".

Du Président de la République qui exprime sa "profonde tristesse" à l’annonce du décès du général Bigeard, un "très grand soldat", qui incarnait "pour les Français, la figure héroïque du combattant". "Sa carrière exemplaire restera un modèle pour la République",...

en passant par Le Premier Ministre qui déclare sa "grande tristesse" et salue la "grande figure des conflits d’Indochine et d’Algérie",...

appuyé par ce commentaire de Jean-Marie Le Pen, président du Front national, qui a salué le "brave type" et le "grand combattant" de l’armée française,...

l’inadmissible propos de Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy : "En Algérie, Bigeard a accompli la mission qu’on lui avait confiée. Je pense qu’il l’a fait là aussi avec beaucoup d’intelligence, beaucoup d’humanité.",...

l’ensemble de ces "honneurs" officiels restent dans cette logique colonialiste, de réhabilitation de "l’Algérie Française". Cette droite française, qui flirte avec l’extrême droite depuis quelques années, malheureusement ne nous étonne pas spécialement.

Par contre ce qui est tout aussi révoltant, c’est la position de Jean-Pierre Masseret, président (PS) du conseil régional de Lorraine : "Ce grand soldat lorrain, originaire de Toul aura connu une carrière militaire exceptionnelle, parvenant à s’élever au plus haut niveau de l’armée française par son courage et sa ténacité". Il estime que "la Lorraine perd un grand homme". "Son décès prend en France, et tout particulièrement en Lorraine, une dimension singulière aujourd’hui en ce 18 juin 2010, à l’heure où nous célébrons le 70ème appel à la Résistance que lançait le général de Gaulle au micro de la BBC depuis Londres", poursuit-il.

Témoin de la Guerre d’Algérie, présent de juin 1961 à mars 1962 à la Villa Susini à Alger, ce centre de torture qui a fonctionné pour cette salle besogne pendant toute la Guerre d’Algérie, je garde un traumatisme, depuis cette période à ce sujet, et je ne peux tolérer de telles démarches.

Comment peut-on rendre un tel hommage à un homme qui s’est déshonoré par sa pratique de la torture, en particulier pendant la "Bataille d’Alger". Massu, avant sa mort, sans doute pour se mettre en ordre avec sa conscience de croyant catholique, avait regretté cette pratique en reconnaissant qu’elle aurait pu être évitée. Bigeard, lui, n’a jamais évoqué le moindre remord à ce sujet.

Je ne répéterai pas les témoignages de Louisette Ighilahriz qui n’oubliera jamais les sévices que lui a fait endurer Bigeard.

Les "Crevettes Bigeard"

Elles resteront la sinistre image de cette époque qui perpétuera ce nom. Pour beaucoup, ce terme employé alors ne signifie rien, surtout qu’il ne figure dans aucun livre d’histoire de notre enseignement. Pourtant c’est en employant cette expression que Paul Teitgein interrogeait Massu, en 1957, sur les milliers de disparus pour lesquels il n’avait aucun rapport concernant leur "évaporation". Pour éliminer physiquement, en faisant disparaître les corps, Bigeard avait inventé cette technique : sceller les pieds du condamné (sans jugement, sinon le sien), vivant, dans un bloc de béton et le larguer de 200 ou 300 mètres d’altitude d’un avion ou d’un hélicoptère en pleine mer. Il avait perfectionné cette technique : au début les algériens étaient simplement largués dans les massifs montagneux, mais leurs corps étaient retrouvés. La seconde étape fut le largage en mer, mais quelques un sont parvenus à revenir à la nage sur la côte et échapper miraculeusement à la mort. C’est pourquoi il "fignola" le raffinement de sa cruauté en inventant le bloc de ciment. C’est par cette technique enseignée par son ami le Général Aussaresses (et les officiers supérieurs instructeurs associé Lacheroy, Trinquier…) que cette technique a été utilisée en Argentine en particulier pour les 30.000 disparus que pleuraient les "Folles de la Place de Mai".

Bigeard, savait exactement, même s’il n’en est pas l’auteur, comment est disparu Maurice Audin. Aussaresses a accepté de reconnaitre comme réaliste le scénario décrit par Jean-Charles Deniau qui l’interviewait. Il reste encore un général : Maurice Schmitt, présent à Alger dans les renseignements de l’Armée à cette époque qui peut infirmer ou confirmer cette version. Il serait temps que l’Armée, donne enfin la vérité sur cet assassinat.

Pour ces raisons il n’est donc pas tolérable que des hommages de cette nature soient rendus à un tel odieux personnage, un tel criminel.
On m’a dit, oui, mais à côté de cela il a fait beaucoup pour la France : la résistance, un militaire courageux… Mais qui aujourd’hui oserait honorer le Maréchal Pétain, malgré ses "loyaux " services pendant la Guerre 14/18. Qui oserait encenser le Général Aussaresses ? Les crimes commis, même s’ils sont amnistiés, restent des crimes et ils doivent être condamnés.

Ultime provocation posthume, il aurait demandé que ses cendres soient répandues sur le site de Dien Bien Phu ? Après les horreurs commises par l’Armée Française au Vietnam sur la population qui a tant souffert, une telle fin serait une ignominie de plus.

P.S. :

La France s’honorerait de reconnaître et condamner, enfin, les crimes commis en son nom en particulier dans ces Guerres coloniales et tout spécialement pendant la Guerre d’Algérie.

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