Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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La Torture acceptable ? Un mal opportuniste ?

Une vaste enquête menée par la Comité International de la Croix Rouge (CICR) dans 16 pays (dont la France) indique, qu’en l’espace de près de 20 ans, l’idée du recours à la torture dans les conflits, rencontre une nette progression dans l’opinion publique, 36 % des interrogés (une personne sur trois) pensent que la torture devrait être autorisée dans certaine situations contre 28% en 1999.

Sept Français sur dix condamnent la torture, selon une enquête. Mais près de 3 personnes sur 10 y seraient tout de même favorables contre un combattant ennemi.

Article mis en ligne le 12 décembre 2016

par Henri POUILLOT
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Le CICR : Dans le cadre de l’enquête "Les voix de la guerre", plus de 17 000 personnes de 16 pays ont été interrogées entre juin et septembre 2016 sur une série de thèmes liés à la guerre. Si certains résultats se sont révélés encourageants, d’autres sont plus alarmants.

Nous avons demandé aux personnes vivant dans des pays en proie à un conflit si elles pensaient que les lois de la guerre étaient importantes. C’est le cas. Plus de deux tiers des personnes vivant dans ces pays, ainsi que celles vivant en Suisse et dans les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, estiment qu’il est important d’imposer des limites à la manière de conduire les hostilités. Près de la moitié des sondés vivant dans des pays touchés par un conflit armé pensent que les Conventions de Genève permettent de limiter les horreurs de la guerre. L’étude révèle aussi un certain fatalisme, de plus en plus de gens considérant les pertes civiles comme une conséquence inévitable de la guerre.

On constate un décalage entre le positionnement de l’opinion publique et la pratique des États et des groupes armés. Ainsi, les violations des lois de la guerre – telles que les attaques contre les civils, les travailleurs humanitaires et les hôpitaux – persistent, alors que les résultats de l’enquête montrent clairement que la majorité de la population sait que ces pratiques sont inacceptables et que les civils comme les personnels de santé et les structures médicales doivent être protégés.

Quelle Horreur !!!

La pratique de la Torture, par essence, c’est de faire "avouer" à un suspect le crime qu’il est sensé avoir pu commettre, ou les informations qu’il pourrait connaître afin de pouvoir arrêter un criminel.

Donc, par définition, la présomption d’innocence n’est surtout pas retenue. Dans cette démarche tout suspect, peut donc être torturé, même totalement innocent, totalement ignorant des faits pour lesquels il va ainsi être "interrogé".

Au fur et à mesure des époques, les pratiques ont évolué, recherchant toujours un raffinement de cette barbarie en augmentant les souffrances physiques ou psychologiques, utilisant au "mieux" les évolutions technologiques...

Mon expérience vécue à la Villa Susini à Alger en 1961/62, me rend donc d’autant plus sensible à ces questions. Je renvoie pour cela au témoignage que j’ai fait dans mon livre "La Villa Susini". Comme je l’explique : par écrit, la description de ces horreurs ne peut rendre compte de l’inhumanité que cela peut représenter, pas plus qu’un récit, et même une simulation filmée comme des tentatives de reconstitutions documentaires (le film de "La Question" ou celui du "Garage Olympio") ne permettent qu’une "pale" évocation.

Une personne torturée, même coupable du crime dont elle est accusée, ne va pas forcément avouer son forfait, et un innocent risque d"avouer n’importe quoi, au bout d’un moment, espérant faire cesser le supplice. D’ailleurs, même Massu qui a tant permis la généralisation de l’institutionnalisation de la Torture pendant la Guerre de Libération de l’Algérie a reconnu dans ses mémoires "qu’on aurait pu faire autrement". Et aujourd’hui, alors que des technologies super sophistiquées peuvent permettre d’établir des preuves irréfutables, de telles pratiques n’ont aucun sens. Le seul objectif généralement recherché actuellement dans les zones de conflits est de passer un message que ce sont les tortionnaires qui ont le pouvoir, et que les suspects restent des sous citoyens. Pendant la Guerre de Libération de l’Algérie, on a pu d’ailleurs constater que cette humiliation collective va avoir tendance à pousser des innocents qui ont été torturé à devenir des soutiens actifs du FLN alors qu’auparavant, ils étaient assez neutres.

Aujourd’hui, avec les attentats qui se multiplient, y compris hors des foyers de conflits, comme ceux de janvier ou novembre 2015, les médias relaient un langage politique tentant de justifier que c’est par la violence que ces actes barbares qui ont été commis pourront être éradiqués pour la suite. La recherche, des causes, les moyens pour tarir l’enrôlement de ces candidats à commettre ces attentats (souvent suicide). En France, l’opinion publique, de ce fait, a presque admis comme normal un état d’urgence quasi permanent. Mais cette pratique ne stoppera pas les attentats, ce ne sont pas les patrouilles de militaires ou de policiers, ni les "fouilles" de sacs à main... qui peuvent éradiquer ce risque. Celui (ou le groupe) qui veut organiser un attentat surveillera la cible, adaptera le "transport" de ses armes, explosifs et reportera si besoin à quelques jours ou heures sa réalisation. Par contre cet "état d’urgence" devient un pseudo climat de sécurité. En contre-partie, les dispositions liberticides sont maintenues, et par petite touches même des actions syndicales deviennent des "crimes", avec des procédures juridiques lourdes.

P.S. :

Depuis un certain nombre d’années, et tout particulièrement avec la droite décomplexée du Sarkozisme, et con climat délétère orchestré par son ministère de l’identité nationale, alimentant le débat correspondant, la parole raciste, la recherche de bouc-émissaires, la peur de l’autre parce qu’il est différent se sont développés. Mais avec le quinquennat hollandais il n’y a pas eu de recherche d’inflexion notoire dans ce domaine. Il faut se rappeler des propos de Valls envers les Roms, le débat sur le déchéance de nationalité, l’accueil des migrants...A quand, une vraie politique pour un rele vivre ensemble harmonieux ?

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