Henri POUILLOT
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"Hommages" à répétition au tortionnaire Marcel Bigeard
Article mis en ligne le 30 octobre 2016
dernière modification le 12 novembre 2016

par Henri POUILLOT
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Lettre ouverte à Jean-Yves Le DRIAN, Ministre de la Défense

Monsieur le Ministre,

Témoin (appelé à l’époque) de la Guerre de Libération de l’Algérie, de la Torture puisque affecté pendant 9 mois à la Villa Susini à Alger (de si sinistre mémoire), je reste donc très sensibilisé aux prises de positions officielles concernant les séquelles de cette guerre.

Le 20 novembre 2012, es-qualité de ministre de la Défense de la République Française, vous présidiez déjà une cérémonie au mémorial des Guerres d’Indochine de Fréjus, où ses cendres y furent déposées, et ce malgré des milliers de signatures de contestation (1). La conclusion de cette pétition disait : "Nous exigeons que le gouvernement français renonce à cette initiative historiquement infondée, politiquement dangereuse et humainement scandaleuse." A cette "polémique" (vos termes à la presse) vous avez déclaré "Mais en faisant ce geste, je ne cherche nullement à masquer ce qui s’est passé en Algérie". Vous aviez alors justifié à la presse que "C’est un hommage à une période de la carrière du général Bigeard que personne ne conteste. C’est dans ces conditions que j’ai accepté d’être présent à Fréjus…" Dans cette pétition, il était rappelé : "Aujourd’hui encore, dans bien des familles vietnamiennes et algériennes, qui pleurent toujours leurs morts, ou dont certains membres portent encore dans leur chair les plaies du passé, le nom de Bigeard sonne comme synonyme des pratiques les plus détestables de l’armée française."

Déjà pendant la Guerre d’Indochine, il avait eu un comportement inspiré des techniques prônées par le Colonel Trinquier. Mais, pendant la Guerre de Libération de l’Algérie, tout particulièrement pendant la période appelée "La Bataille d’Alger", le Colonel Bigeard (il ne fut Général qu’après) porte de très lourdes responsabilités. C’est à cette période que la torture fut systématiquement institutionnalisée. C’est sous ses ordres que Maurice Audin "est mort en détention" (dixit monsieur le Président de la République dans son communiqué du 17 juin 2014), mais ne vaudrait-il pas mieux dire assassiné ? Quand comptez vous diffuser auprès des historiens, de la famille les "documents et témoignages concordants" que vos services ont "trouvé" pour remettre enfin en cause l’ineptie de l’évasion de Maurice Audin ?

Dans un entretien au quotidien Dernières Nouvelles d’Alsace, le 2 juillet 2000, il avait justifié l’usage de la torture en Algérie comme "un mal nécessaire". Ce tortionnaire fut également l’ "inventeur" de la technique des "crevettes Bigeard". Cette pratique avait été "affinée" par ce théoricien. Au début les Algériens que l’Armée, sous ses ordres, avait condamnés à mort (sans qu’ils soient jugés par les procédures judiciaires officielles, même celles d’exception d’alors) étaient jetés d’avions ou d’hélicoptères dans les montagnes. Mais quand la population locale retrouvait le cadavre d’un proche ainsi assassiné, il y avait des réactions, il fut alors décidé de jeter ces condamnés dans la mer, mais certains étant parvenus à rejoindre la rive à la nage, un leur scellât les pieds dans un bloc de ciment. Et cette technique qui fut "exportée par les Aussaresses, Trinquier… en Argentine pour faire disparaître ceux qui étaient pleurés par les "Folles de la place de Mai".

La France n’a toujours pas reconnue et condamné cette responsabilité. Il serait temps que cela soit fait, comme ce fut le cas, enfin, aujourd’hui pour les roms, les tsiganes, les gens du voyage… par la Président de la République.

Le 26 novembre prochain, la "Fondation Général Bigeard" annonce que vous allez patronner, es-qualité de Ministre de la Défense, un colloque à l’Ecole militaire pour rendre de nouveau un hommage officiel à ce tortionnaire. Quel déshonneur, quelle honte, pour la France !!!

Du temps du sarkozisme, une telle politique était dans la logique de ce système, mais après une élection sur le thème : "Le changement, c’est maintenant", on voulait y croire. Quelle honte qu’un gouvernement de gauche trahisse ainsi les valeurs républicaines de notre pays, surtout dans une période où le Gouvernement ne cesse d’y faire référence !!!
Comment pouvoir condamner des crimes de Guerre perpétrés en Syrie quand notre pays n’a pas reconnu et condamné les siens

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, mes plus respectueuses salutations.

(1) Je participais à la délégation venant déposer cette pétition et nous avions été reçus par vos délégués du ministère

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