Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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49ème Commémoration du 8 Février 1962

Discours de Ian BROSSAT, Conseiller municipal de Paris (PCF) au métro Charonne pour l’anniversaire de ces tragiques évènements

Article mis en ligne le 8 février 2011
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Ian BROSSAT Conseiller municipal (PCF) de Paris s’exprime au Métro Charonne le 8 Février 2011

Mesdames, Messieurs (il énumère la présence de nombreuses personnalités).

Je suis particulièrement ému, aujourd’hui, en ce 8 février 2011, d’avoir le privilège de ces quelques mots. Je me sens investi en effet d’une responsabilité particulière, non seulement parce que c’est devant vous que je les prononce, mais également parce que ce sont nos mots, vos mots, et les mots de dizaines d’hommes et de femmes depuis 1962.

La parole est l’avant-poste du combat pour la mémoire. La lutte contre l’oubli, c’est une parole perpétuée, échangée, reprise. Et au fil des années et des anniversaires, cette parole prend de l’importance. A l’écho qui s’estompe des événements tragique qui ont touché ceux qui manifestaient ce jour là, se substitue l’écho d’une parole, la mienne, la votre, une parole qui veut épouser leur combat, le leur, qui demeure le nôtre, notre combat.
Cette année, ce 49e anniversaire du drame de Charonne prend une importance toute particulière. Dans quelques mois, nous célébrerons en effet les cinquante ans du 17 octobre 1961, c’est-à-dire la répression barbare par le Préfet de Police de Paris, Maurice Papon, d’une manifestation organisée en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Comme Charonne, le 17 octobre 1961 est pour nous l’occasion de nous rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, à peine un demi-siècle, le sang coulait dans Paris, le sang de Parisiens, le sang de militants du droit des peuples, de militants de la paix, aussi. Un sang dont je veux reconnaître la couleur et la texture. C’est celui qui coule dans nos veines, aujourd’hui, au rythme accéléré de nos cœurs qui se souviennent.

Cette année, ce 49e anniversaire n’est pas seulement l’occasion de nous retrouver et de constater la force de nos valeurs. Je veux notamment saluer le geste du Maire de Paris, Bertrand Delanoë, et de mon amie Catherine Vieu-Charrier, son adjointe à la mémoire, qui ont décidé de l’érection d’une stèle, au Père-Lachaise, en hommage à toutes les victimes de l’OAS. Ce geste fort est dans la continuité de celui que le Maire fit, il y a quatre ans, jour pour jour, en décidant de rebaptiser ce carrefour Parisien : "Place du 8 février 1962".

Ce geste est aussi l’expression d’une volonté commune de lutter contre les terroristes de la mémoire qui font fleurir des stèles à la gloire de l’OAS, ici et là, notamment dans le sud de la France. Ils dérobent aux Français d’Algérie une part de leur douleur, pour mieux la détourner et les manipuler. Ils portent atteinte à l’histoire en travestissant en héros les membres d’une organisation séditieuse, violente et fasciste. Ils veulent torturer nos mémoires pour leur faire cracher une adhésion et une compromission à leur révisionnisme ignoble.

Nous ne leur cèderons pas. Nous savons quel est notre camp, nos valeurs, notre idée de la République.

Nous n’honorons pas des assassins et des menteurs. Nous honorons nos camarades, tombés comme ceux de Charonne, pour la paix et pour la justice. Nous rendons hommage à des frères et des sœurs d’hier et d’aujourd’hui. Pas seulement parce qu’ils militaient à la CGT. Pas seulement parce que huit d’entre eux étaient communistes. Parce que leurs valeurs et leurs convictions sont les nôtres – et certainement - tout l’opposé de celles des nostalgiques de l’OAS. Il suffit d’ailleurs d’un bref retour en arrière pour s’en souvenir.

Car en février 1962, la guerre d’Algérie durait en effet depuis sept ans. Il semblait de plus en plus inévitable que l’Algérie devienne indépendante. Pourtant, des forces fascistes et d’extrême droite se retrouvaient au sein de l’OAS, organisant attentats et assassinats.

Dans l’après-midi du 7 février, dix charges de plastic explosaient ainsi au domicile de diverses personnalités politiques, syndicales, universitaires, de la presse et des lettres. En réponse, la CGT appela à une manifestation, et dénonça l’impunité et les complicités au sein du pouvoir. Le mot d’ordre est de "faire échec au fascisme et d’imposer la paix en Algérie". Si la manifestation est interdite, la Préfecture de Police laisse faire. Et en fin de journée, vers 19 heures 30, alors que les manifestants se dispersent ici, sur le boulevard Voltaire, à la hauteur du métro Charonne, la police charge sans prévenir et avec une rare violence.

250 blessés, 8 morts, un neuvième qui meurt après deux mois de coma. Le lendemain, deux millions de personnes cessent le travail. "L’Humanité" et "Libération" sont censurés. L’acte est barbare, la terreur est certaine – mais elle n’est pas par hasard. Les travaux des historiens nous l’ont appris, depuis : les policiers n’ont pas chargé par hasard et ce n’était pas pour répondre à de soi-disant provocations. Mais l’Etat garde le secret depuis 1962 et refuse de reconnaître ce qui est bel et bien son crime. C’est pourquoi nous nous retrouvons aujourd’hui. C’est pourquoi il faut répéter, année après année, les noms de nos morts : Fanny Dewerpe, Anne-Claude Godeau, Suzanne Martorell, Daniel Ferry qui n’avait que seize ans, Jean-Pierre Bernard, Edouard Lemarchand, Hyppolite Pina, Maurice Pochard et Raymond Wintgens. Ces hommes et ces femmes ne devaient pas mourir, leurs noms ne doivent pas disparaître.

Ce 8 février 1962, le Préfet de Police est le même qu’en octobre 1961, c’est Maurice Papon. La guerre d’Algérie et la décolonisation ne sont pas que des moments de l’histoire militaire française. Ce sont des morceaux de mémoire vive, toujours palpitants aujourd’hui. Ce sont aussi des blocs obscurs, des tranches de nuit, que l’Etat ne veut pas accepter. Pourtant le poison est toujours là, parmi les nostalgiques de l’OAS qui ne se cachent pas, et désormais dans les programmes scolaires qui doivent "reconnaître le rôle positif de la présence française outre-mer". Il est toujours là dans les discriminations quotidiennes, les violences, la division et le racisme.

Au festival de Cannes, en 2010, nous avons ainsi assisté à une scène surréaliste. Au prétexte de la diffusion du film "Hors la Loi" de Rachid Bouchareb, nous avons vu une manifestation rassemblant extrême droite et UMP, nostalgiques de l’OAS, fascistes et racistes. La bête n’est pas morte. Elle cherche à gagner du terrain à mesure que l’écho de l’histoire s’estompe. Elle contamine aujourd’hui des responsables et des partis politiques exactement comme elle le faisait en 1961 ou 1962.

Le crime, ici, c’est de laisser faire.

Et je suis parmi vous aujourd’hui, comme vous tous, par devoir. Non seulement par fidélité au passé mais parce qu’il faut se battre pour l’avenir. Non seulement pour les morts, pour nos morts, mais pour les vivants. Parce que le combat de nos frères et de nos sœurs blessés ou tombés en février 1962, par la faute d’une répression ignoble, n’a pas cessé. Parce qu’il est toujours d’actualité.

Je vous remercie.

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