Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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19 Mars 1962 : quels enjeux ?
Article mis en ligne le 20 mars 2016
dernière modification le 16 juin 2016

par Henri POUILLOT
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Après avoir passé 9 mois à Alger de fin juin 1961 au 13 mars 1962 à la Villa Susini comme appelé, c’est dans le train de rapatriement, entre Marseille et Sissonne, que nous avons entendu le message diffusé par un poste à transistor nous annonçant qu’un cessez-le-feu venait d’être signé et entrerait en vigueur le lendemain à midi. La joie qui explosa parmi les militaires du contingent qui revenaient ainsi d’Algérie est indescriptible. Il n’y avait donc plus de risque d’être renvoyé pour "pacifier" ce pays, de revivre les atrocités endurées par ce séjour.

Il a fallu 50 ans pour que la loi, enfin, retienne le 19 mars comme date de commémoration de ce conflit. Aucun Président de la République, jusqu’à ce jour n’avait "osé" commémorer (comme c’est la tradition républicaine de se recueillir à la date où fut signé l’acte mettant fin à un conflit) cet évènement. Le geste du Président Hollande, avec ce symbole est donc important, même s’il aurait dû le faire dès 2013, dès le vote de la loi.

Son discours prononcé, Quai Branly à Paris reste ambigu à bien des points. Il ne faut pas s’en étonner : il avait bien signé, comme candidat à la Présidence de la République, le 15 octobre 2011, (quelques heures après Martine Aubry, à l’occasion des primaires socialistes à la présidentielle) la pétition initiée par le "Collectif 17 octobre 1961" demandant au futur chef de l’Etat de reconnaitre et de le condamner ce crime d’Etat commis au nom de la France le 17 octobre 1961 à Paris où des centaines d’Algériens ont été massacrés, noyés, par la police. Une fois élu, il a "oublié" sa signature.

En juin 2014, il a bien diffusé un communiqué remettant en cause la version officielle de l’évasion de Maurice Audin : "en fonction des documents et des témoignages dont nous disposons aujourd’hui qui sont suffisamment nombreux et concordants…prouvent que Maurice Audin ne s’est pas évadé et est mort en détention". Mais l’expression de l’assassinat n’est pas reprise, et les témoignages et documents concordants ne sont pas encore connus, 18 mois plus tard !!!.

Analysons ce discours :
- "Le 6 décembre 2012, j’ai promulgué comme président de la République la loi qui proclame le 19 mars ’journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc’ ". Certes, le vote des députés a été respecté, mais comme il a tenu à le rappeler il est maintenu 3 dates : 19 mars, 25 septembre et 5 décembre de manière à entretenir la confusion.Il serait temps qu’une seule date, celle qui correspond aux traditions républicaines soit conservée.
- Le 8 avril 1962, les Français approuvèrent par plus de 90% de suffrages le contenu des accords d’Evian, alors pourquoi remettre en cause cette volonté populaire ?
- Il reconnait que l’Empire Colonial à conduit à "un système injuste" : quel euphémisme !!! Il serait temps, comme cela le fut pour l’esclavage, de reconnaitre le colonialisme, lui aussi, un crime contre l’humanité.
- Il exprima une pensée pour les 60.000 blessés et 30.000 morts des militaires français. Si le chiffre de morts est correct, le chiffre de blessés cités ne prend en compte que les blessures physique, pas les traumatisme psychiques, psychologiques qui ont touché, plus ou moins gravement sensiblement une bonne moitié des appelés (environ 1.500.000).
- Au sujet du 17 octobre 1961 : "je pense aussi aux immigrés qui étaient en France durant la guerre d’Algérie et qui ont vécu à distance une guerre qui les déchirait ; ils ont alors connu la suspicion, parfois la répression la plus brutale comme le 17 octobre 1961." Le terme de crime d’état est encore "oublié" !!!
- La liste des crimes d’état, des crimes contre l’humanité commis pendant cette Guerre de Libération de l’Algérie ne sont évoqués que comme de simples "exactions". Le mot "tortures" est certes évoqué, mais pas comme une institution mise en place par l’Armée avec la caution politique du Gouvernement de l’époque. Les viols, les camps d’internement (pudiquement appelés camps de regroupement), les "crevettes Bigeard", les villages au Napalm (entre 600 et 800 : des dizaines de milliers d’’Algériens -hommes, femmes, enfants- brulés vifs), l’utilisation du Gaz Sarin et Vx, les "corvées de bois", l’irradiation du Sahara avec les essais nucléaires (qui continuent encore aujourd’hui à contaminer la population de la région).... de simples exactions !!!

Et une omission explicite, de taille, dans ce discours : le rôle de l’OAS,. Pourquoi le rapatriement d’autant de "Pieds Noirs" ? si ce n’est la responsabilité de cette organisation terroriste, criminelle, qui a mené une politique de terre brulée pour tenter de remettre en cause le cessez-le-feu pour conserver une Algérie "Française".

Certes, il s’agit d’une question de mémoire, de mémoires, mais aussi et surtout d’un déni politique de ne pas avoir voulu assumer les responsabilités de la France, condamner ces crimes d’état et crimes contre l’humanité commis en son nom.

Une partie de la classe politique, en particulier depuis 2002/2005, tente de réhabiliter le colonialisme. La loi de février 2005, qui devrait être abrogée sans délai, en est le symbole déterminant. Mais tant qu’un ministre en fonction (Thierry Mandon)inaugure dans sa ville, alors qu’il en était le maire, et vice-président du Conseil Général de l’Essonne, une stèle (en 2009) à la gloire de l’Algérie Française, qu’un sénateur socialiste (ex-maire de la ville) Jean-François Picheralparticipe à l’inauguration, en compagnie de la Maire UMP, une stèle à la Gloire des 4 "héros" : ceux condamnés à mort et fusillés pour leurs crimes commis au nom de l’OAS, comment s’étonner ? En effet quand le Gouvernement actuel et le Président de la République (plus prêts à mettre en œuvre des mesures revendiquées par l’extrême droite : déchéance de nationalité, état d’urgence permanent, mise en cause du droit du travail...) que même la droite extrême, décomplexée de Sarkozy n’avait pas osé faire !!!

Ce qui est aussi surprenant, ou plutôt inadmissible, c’est que le pouvoir n’ait pas rappelé à l’ordre les Maires (pour certains mettre le drapeau tricolore en berne), Présidents de Région, refusant d’appliquer la loi : commémoration de ce 19 mars !!!

P.S. : Je suis à 4 ou 5 lettres ouvertes envoyées à François Hollande, Président de la République : aucune n’a eu de réponse (je n’ai reçu que les accusés de réception du service de courrier de l’Elysée selon lequel mon courrier était bien parvenu !!!

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