Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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France - Algérie : Contentieux liés à la mémoire
Le ministre des Moudjahidine en France

Un article du Journal El Watan du 27 janvier 2016 de Madjid Makedh

Article mis en ligne le 27 janvier 2016

par Henri POUILLOT
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La visite du ministre des Moudjahidine en France, la première du genre depuis l’indépendance, au-delà de sa charge symbolique, promet des avancées sur les questions liées à la mémoire. Trois principaux dossiers sont à l’ordre du jour : les archives, les disparus algériens durant la guerre de Libération nationale et les indemnisations des victimes des essais nucléaires effectués dans le Sahara algérien.

Une première virée et de nombreuses attentes. La visite qu’effectue en France le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, revêt un caractère important. Intervenant un demi-siècle après la libération de l’Algérie du joug colonial français, ce déplacement constitue, de l’avis même des historiens, une avancée dans les relations entre les deux pays qui peinent à aplanir leurs contentieux historiques. Et dès l’annonce de cette visite historique d’un ministre des Moudjahidine à Paris, des questions sont posées : L’Algérie et la France vont-elles réaliser des avancées dans le traitement de leurs différends historiques ? Peut-on s’attendre au début d’une ère d’apaisement dans les relations entre les deux pays ?

Pour l’historien Mohamed El Korso, la visite de Tayeb Zitouni à Paris constitue, elle-même, une avancée. « C’est une bonne chose. Cette visite pourrait déblayer le terrain pour l’avenir et permettre l’ouverture des dossiers en suspens, à savoir les questions des archives, des crimes coloniaux, l’histoire et les excuses françaises », explique-t-il.

Selon lui, « on ne peut qu’applaudir l’ouverture du dossier des archives », mais il faut que cette question soit clarifiée. « Notamment en ce qui concerne les archives non ouvrables au public. Il serait judicieux de trouver une solution définitive à cette question. Pour le transfert des archives, je reste pessimiste. Je ne pense pas que la France accepte cette idée. Mais il faut trouver un cadre, comme la numérisation des archives qui permettrait aux historiens d’écrire objectivement l’histoire. La négociation doit porter sur ce point », précise-t-il.

Mohamed El Korso insiste également sur la question des indemnisations des victimes des essais nucléaires français en Algérie. « L’indemnisation devrait inclure les effets de ces essais qui continuent d’impacter sur la santé des Algériens jusqu’à aujourd’hui », affirme-t-il. Pour l’historien, les deux pays doivent activer le traitement de ces dossiers et profiter du rapprochement actuel entre les deux pays. « Il faut profiter du pouvoir actuel en France. Nous espérons que la démarche aboutisse le plus tôt possible », précise-t-il. Cette urgence, ajoute-t-il, est dictée par le contexte politique en France qui s’apprête à organiser, dans quelques mois, une élection présidentielle.

L’ONM exige des excuses

« Il ne faut pas perdre de vue la position de la droite et notamment celle de Nicolas Sarkozy qui avait affirmé au cimetière chrétien d’Alger que ‘‘les enfants ne s’excusent pas des actes de leur père’’ qui ne pas favorables à un règlement de la question de la mémoire », précise-t-il. Commentant cette visite, l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) rappelle la revendication algérienne concernant la présentation par la France officielle des excuses pour les crimes commis par le colonialisme.

« L’ONM rappelle ses positions concernent également les excuses que la France doit présenter au peuple algérien pour les crimes qu’elle a commis lors de la période coloniale, l’indemnisation des victimes et la restitution des archives. Il s’agit également de connaître le sort des milliers de disparus », précise l’ONM dans un communiqué diffusé par l’APS.

L’ONM appelle aussi à « l’ouverture du dossier sur les graves répercussions des expériences nucléaires effectuées par la France dans le Sahara algérien ». « Le secrétariat général de l’ONM saisit l’occasion de la visite officielle qu’effectuera le ministre des Moudjahidine en France pour rappeler ses positions de principe, susceptibles d’ouvrir des perspectives devant les deux pays pour établir des relations saines et constructives qui servent les intérêts des deux peuples », lit-on encore dans ce communiqué. Jusqu’où ira la France ?

La France, par la voix de ses plus hautes autorités, se doit de reconnaître et condamner sa responsabilité dans les crimes commis en son nom pendant la colonisation et tout particulièrement pendant la Guerre de Libération de l’ALgérie et les condamner.

P.S. :

Suite à cet article j’ai réagi auprès de Mohamed El Korso et envoyé la réaction à El Watan. Voici cette réaction :

Je viens de lire l’article de El Watan relatif à cette visite et pris ainsi connaissance de vos réactions à ce sujet.

Je partage tout à fait votre remarque que cette première visite revêt un caractère important et que "c’est une bonne chose".

Oui, il serai temps de déblayer le terrain et permettre ainsi l’ouverture des dossiers en suspens, en particulier les questions des archives, des crimes coloniaux....

Par contre je ne partage pas votre position consitant à demander des "excuses françaises". Je considère personnellement que ce terme n’est pas approprié : La France, par la voix de ses plus hautes autorités, se doit de reconnaître et condamner sa responsabilité dans les crimes commis en son nom pendant la colonisation et tout particulièrement pendant la Guerre de Libération de l’ALgérie et les condamner.

Oui, les archives doivent s’ouvrir. Un sujet qui m’est cher, autant qu’au peuple Algérien, c’est la disparition de Maurice Audin. Lors d’un précédent voyage à Alger, en novembre 2014, pour le 60ème anniversaaire du déclenchement de la Guerre de Libération, j’avais eu l’occasion de rencontrer la presse algérienne (Liberté, El Watan, Le soir...) et de m’exprimer à ce sujet. Des révélations ont fait état du lieu où pourrait être inhumé Maurice Audin. Sa famille a demandé aux autorités algériennes que puissent être mené une enquête à ce sujet. J’ai transmis, par le canal de Moudjahidine algériens au ministère des Moudjahidine un dossier à ce sujet. François Hollande a diffusé un communiqué le 17 juin 2014 déclarant que "selon des documents et témoignages concordants" Maurice Audin ne s’est pas évadé mais est mort en détention. Depuis cette date aucun élément de ces archives n’a été rendu public :
- comment précisément est mort Maurice Audin : comment, et par qui a-t-il été assassiné ?
- qui a témoigné ? quel est le contenu de ces témoignages ?
Le Gouvernement Algérien a donc des possibilités de faire avancer ce dossier et se doit d’exiger des réponses concrètes de la part de la France.

Au sujet des essais nucléaires au Sahara, la France a un devoir impérieux de réparation, pour les victimes de l’époque, mais aussi des victimes d’aujourd’hui qui subissent les contaminations radio-actives. La France devrait participer à une coopération de dé-contamination de la Région, et financer, par exemple, un centre hospitalier de recherche pour venir en aide aux victimes d’aujourd’hui : c’est d’ailleurs une proposition de l’ARAC (Association Républicaine des Anciens combattants) d’il y a quelques années, mais qui reste d’actualité.

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