Henri POUILLOT
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Les "Harkis" : Un tabou bien ancré, un mépris
Article mis en ligne le 4 octobre 2015
dernière modification le 8 novembre 2015

par Henri POUILLOT
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Un tabou règne sur ce drame des "Harkis" depuis 1962, la fin de la Guerre d’Algérie. Tous ces supplétifs, enrôlés dans l’armée française sont pour l’essentiel des victimes du colonialisme. Environ 25.000 (sur une estimation de 250.000) ont été rapatriés en France avec leurs familles, dont la majorité dans des conditions exécrables dans des camps comme Rivesaltes, Jouques… La grande majorité est restée en Algérie. Des milliers y ont été massacrés. La récente étude de Pierre Daum montre que la majorité est restée généralement dans leur village d’origine et d’ailleurs des dizaines de milliers d’entre eux perçoivent maintenant une pension d’anciens combattants. Beaucoup continuent, y compris leurs enfants, voire leurs petits enfants, d’être victimes de discrimination : le terme "Harki" est une insulte. Heureusement les choses commencent à changer.

En France, une partie de la droite et de l’extrême droite, en particulier animée par la nostalgie de l’Algérie Française et de l’OAS, considérant qu’ils avaient "choisi" le drapeau français, tente de les assimiler à des sympathisants à cette cause, et annoncent des chiffres farfelus de victimes.

Le 25 septembre 2003, le président Jacques Chirac a instauré une Journée nationale d’hommage aux harkis en reconnaissance aux "sacrifices qu’ils ont consentis pour la France" lors de la guerre d’Algérie. Depuis douze ans, des cérémonies sont organisées tous les 25 septembre à Paris et dans de nombreuses villes de province. Mais elles ne règlent pas la question fondamentale de leur droit à réparation. Cette journée "dédiée" aux Harkis est en fait discriminatoire. En effet, la tradition française est de commémorer les victimes d’un conflit, à la date de signature lui mettant fin. C’est pourquoi la date 19 du mars est la seule, de fait, à pouvoir commémorer TOUTES les victimes, militaires, appelés et supplétifs (quelque soient les contrats qui les ont liés à l’armée française), sans discrimination.

La France doit reconnaître sa responsabilité dans la manière dont ont été traités les Harkis rapatriés, dans son refus d’accepter la venue en France, au même titre que les pieds-noirs, de ceux qui le souhaitaient. Les candidats à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy le 31 mars 2007, puis par François Hollande le 5 avril 2012 avaient fait la promesse d’une reconnaissance officielle de "la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre des harkis" en 1962 : promesses abandonnées !!!

Une censure honteuse, inacceptable..

Cette question reste donc ultra sensible. A Mouans Sartoux (Alpes Maritimes), Pierre Daum était Invité au Salon du livre pour y présenter son livre sur les harkis. Au dernier moment, il a été brusquement déprogrammé, censuré !!!
La direction municipale de cette ville n’accepte pas le débat. Pour elle, il n’est pas question de contester le cliché de la nostalgie de l’Algérie Française, de l’OAS. Comme au temps de la Guerre d’Algérie, la censure est donc rétablie : interdit de réfléchir sur cette question si douloureuse, d’exprimer divers avis, pourtant nécessaires pour apaiser cette plaie, de pouvoir écrire correctement, avec un regard critique une page sombre de l’histoire commune de la France et de l’Algérie.

Il serait temps !!!

Le refus plus général des plus hautes autorités de la France de reconnaitre la responsabilité des crimes d’état et contre l’humanité… commis en son nom, en particulier pendant la Guerre d’Algérie, de les condamner, reste un blocage pour l’établissement de relations apaisées entre nos deux pays, et pour les descendants de ces victimes.

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