Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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La pratique de la Torture, institutionnalisée en Algérie coloniale

C’est le texte de l’intervention que j’ai faite, dans le cadre de la commémoration du 19 moi 1956, à la Bibliothèque Centrale de Sidi Bel Abbès de l’Université Djilali Liabès, le 20 Mai 2015.

Article mis en ligne le 22 mai 2015

par Henri POUILLOT
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Aujourd’hui dans ce cadre universitaire, cette intervention s’adresse donc prioritairement à des jeunes, dans le cadre de cette commémoration du 19 mai 1956, cette grève observée par les étudiants à l’appel du FLN, répondant à cet appel de l’Ugema qui déclarait notamment : " ...Effectivement avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres ! A quoi donc serviraient-ils ces diplômes, qu’on continue à nous offrir, pendant que notre peuple lutte héroïquement, pendant que nos mères, nos épouses, nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants, nos vieillards tombent sous la mitraillette, les bombes, le napalm (...) Etudiants et intellectuels algériens, pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin historique de notre pays, serions-nous des renégats ? " Cette action courageuse, de jeunes, TRES, très peu connue (en particulièrement en France) mérite évidemment d’être commémorée pour ne pas être définitivement oubliée. Alors vous les jeunes, vous qui avez l’âge de mes petits enfants, vous d’Algérie, comme ceux d’autres pays, il est plus que temps de réfléchir et agir pour que, avec l’expérience du passé nous puissions en tirer les enseignements pour que ne se renouvelle plus ce type d’horreurs commises, il y a quelques décennies. Pour beaucoup vous êtes nés dans une période difficile où de nouveau des atrocités ont été commises dans votre pays. Djilali Liabès dont le nom a été donné à l’université de votre ville a payé de sa vie, à 45 ans, cette folie. C’est donc avec humilité, et émotion que je veux évoquer cette question de la pratique de la torture, de son institutionnalisation pour apporter ma contribution à cet impérieuse nécessité de trouver les moyens d’un vivre ensemble harmonieux, parce que l’on ne peux accepter que pour des idées différentes, des religions différentes, des pratiques sociales différentes, de prétextes ou justifications plus ou moins fallacieux… des hommes, des femmes soient les victimes d’un barbarisme abject. Je n’ai pas la prétention de professer un cours magistral, mais simplement apporter une contribution pour une réflexion sur ce thème.


Pendant la Guerre de Libération de l’Algérie, j’ai eu le "privilège" d’être affecté pendant près de 9 mois, les derniers de ce conflit, à La Villa Susini à Alger, ce centre de torture qui fonctionna de 1954 à 1962, sans interruption, dans cette terrible fonction. Mon affectation était théoriquement essentiellement administrative : secrétariat (gestion du fichier des Algériens arrêtés, rapports à transmettre,…) relations avec les autres unités militaires dont l’Etat Major d’Alger, chauffeur… Même si je ne suis descendu qu’assez rarement dans les salles de torture, j’ai pu me rendre compte de cette horreur.

Quand je suis arrivé à Alger, j’ai découvert ce qu’était le colonialisme. Je me suis rendu compte que ces trois départements dits français n’étaient pas semblables à ceux de la métropole. Je me suis rendu compte que le tutoiement systématique des "Indigènes" n’avait rien d’amical, mais qu’il traduisait, en réalité, un mépris dominateur.

C’est à partir de l’expérience vécue à cette époque et des confrontations, débats… auxquels j’ai été confronté depuis une quinzaine d’années que je vais tenter de m’exprimer. J’insisterai beaucoup plus sur cette pratique pendant la Guerre de Libération que pendant la période 1830/1954.

Avant cette guerre, de nombreux témoignages existent pour relater les séances de tortures pratiquées dans les commissariats, dans les gendarmeries, tout comme les répressions systématiques, les enfumades… Ces pratiques avaient pour but de signifier aux "Indigènes" leur condition de sujets devant s’exécuter, sans avoir le moindre droit de contestation. L’obéissance devait être la seule règle.

La brutalité du traitement de la torture, quand elle est poussée jusqu’à l’extrême limite de la résistance physique provoque de terribles souffrances qui ne s’effacent jamais. Elle est inhumaine et assez peu de suppliciés, ont pu refuser de parler après des séances à répétition, pendant des heures, pendant des jours, plusieurs fois par jour.

Je ne vous décrirai pas dans un discours ce qu’est la torture, parce que, même avec des images, et je pense à deux films illustrant ces pratiques "La Question" (film inspiré du témoignage et sous le contrôle de Henri Alleg) ou le "Garage Olympio" (film qui traite de la torture en Amérique latine) pace que, même le jeu d’un comédien, déjà plus explicite que de simples mots, ne peut restituer la réalité dans son horreur.

Certains, héroïquement, ont pu ne pas craquer, mais la majorité d’entre eux ont lâché des renseignements, sans doute assez partiels, limités, voire même souvent faux. Quasi toutes les personnes arrêtées et "confiées" aux centres de renseignements étaient torturées, parce qu’à priori, tout algérien était suspect de complicité, au minimum, avec le FLN, s’ils n’étaient pas considérés comme étant responsables dans cette organisation. Il ne faut pas oublier que par moment les personnes torturées n’étaient plus complètement conscientes. Il y a eu aussi sans doute quelques règlements de compte, des personnes dénoncées, à tort, mais qui allaient donc eux aussi subir la torture de ce fait. Il y a eu aussi un bon nombre de détenus qui ont avoué une participation à des actions "terroristes" qu’ils n’avaient jamais commises, en espérant ainsi que leur enfer puisse s’arrêter. Pour que le calvaire cesse, certains ont "avoué" n’importe quoi.

Si la participation "reconnue" n’était que secondaire, c’était le transfert vers la prison militaire de Maison Carrée ou Barberousse. Là, avec parfois l’assistance d’un avocat, la torture était moins systématique, moins dure paraît-il, il arrivait que ce prévenu ressorte quand même assez rapidement, les charges n’étant vraiment pas sérieuses.

Par contre s’il avait avoué, par exemple une tentative d’attentat envers un militaire, il avait même d’assez fortes chances d’être "bon" pour la "corvée de bois", c’est-à-dire l’exécution sommaire, sans autre forme de jugement. L’Armée s’érigeait en tribunal, sans recours à un avocat, sans appel et sans examen de conscience sur le risque d’une erreur judiciaire. Mais, en fonction de la manière dont se pratiquaient les arrestations, une majorité de ceux qui passaient à la Villa n’avait aucun renseignement à révéler. Cela n’avait pas d’importance. Un des objectifs de la pratique de la torture était de rappeler aux algériens, que, par définition, ils étaient considérés comme des complices du FLN. Par principe il fallait les humilier pour qu’ils sachent bien que l’Armée avait tous les droits. Toute protestation, si minime soit-elle, allait être assimilée à une allégeance au FLN. Cette méthode, évidemment, durcissait les positions et ceux qui, avant de se retrouver à la Villa n’avaient pas de sympathie particulière pour le FLN, en ressortaient prêts à s’enrôler sans aucune hésitation dans l’Armée de Libération : la haine de l’Armée française, déclenchée par ce traitement, était suffisante.

Dans le début de la lutte du peuple algérien pour son indépendance, la majorité de la population était très peu politisée, simplement excédée par le racisme des pieds noirs, de l’administration locale. Il ne faut jamais oublier que le racisme est la composante fondamentale du système colonial. Les exactions diverses et la torture employées systématiquement, ont fait qu’à la fin de la guerre, en particulier à Alger, le FLN maîtrisait complètement la situation, disposait de plus de volontaires qu’il n’en avait besoin et bénéficiait d’un soutien quasi unanime de la population musulmane. Pendant les dernières semaines, les patrouilles militaires étaient renforcées pour se déplacer dans les quartiers de la Casbah ou de Belcourt parce que sillonner les rues devenait très dangereux pour des effectifs réduits.

Si, d’un côté la torture a parfois permis, par sa technique, de récolter quelques renseignements, de l’autre, par sa pratique systématique elle a constitué un ciment indéniable de rejet de l’armée et de la présence française en Algérie. D’une certaine façon, elle a renforcé l’audience du FLN. Dans les faits, cette guerre était bien plus un conflit contre un peuple que contre une armée. Souvent les paroles de cette chanson des partisans "Ami, entends-tu le vol sourd des corbeaux… Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre" me revenaient à l’esprit.

Sans avoir connu au préalable les positions du Général de Bollardière, du Général Leborgne, de Pierre-Henri Teitgen, de Jules Roy, d’Albert Camus ou bien de Ben Boulaïd, je partageais totalement leur vision. L’armée française a souvent prôné l’idée selon laquelle la torture ou les interrogatoires sévères sont tolérables, bien que répugnants, quand il s’agit de sauver le vie d’innocents. C’est ainsi que le Général Maurice Schmitt, lieutenant pendant la Bataille d’Alger (1957) écrira, dans son livre "Alger-Eté 1957, une victoire sur le terrorisme", que le Lieutenant-Colonel Bigeard avait déclaré : "Je ne peux vous donner des ordres se référant à telle ou telle note de base… Vous agirez avec cœur et conscience, proprement. Vous interrogerez DUREMENT les vrais coupables avec les moyens bien connus qui nous répugnent". Comment, avant de commencer à l’interroger, l’officier pouvait-il savoir qu’il avait à faire à un "vrai coupable" ? C’était bien la systématisation de l’utilisation de la torture qui était ainsi ordonnée. C’est l’argument utilisé pour tenter de justifier cette pratique : pouvoir éviter des victimes innocentes. Comment savoir avant le départ de la séance de torture qu’un suspect est coupable et qu’il détient des informations susceptibles de sauver des vies ? Sur quelle base, les innocents seraient-ils soupçonnés de culpabilité "justifiant" de ce fait d’être torturés ? Simplement d’être Algérien !!!

Un des aspects assez peu évoqués de ces pratiques de torture est le côté sexuel. L’Armée française avait totalement intégré dans son analyse, que la question du sexe dans la communauté algérienne autochtone, profondément imprégnée d’islam, était très importante, un tabou. Les femmes en ont été les principales victimes, mais les hommes n’ont pas été épargnés : l’homosexualité, à cette époque, étant considérée comme une tare pour les hommes. Une femme violée n’était pas seulement une victime, mais aussi considérée comme une coupable, et elle allait ainsi se voir exclue de sa société. C’est pourquoi dans les séances de torture, les agressions sexuelles étaient fréquentes, terribles. Dans la plupart des cas, ces pratiques n’étaient pas faites dans le secret, mais au contraire au vu d’autres témoins pour que le viol puisse être connu ensuite par la population, les voisins. Déjà la simple menace s’avérait aussi catastrophique que les autres brutalités. C’était l’une des pratiques de torture, terrible, surtout sur le plan psychique, social, même si elle n’était pas une blessure physique grave. Il pouvait cependant y avoir des conséquences mutilantes avec un goulot de bouteille, (qui pouvait se casser) ou un bâton, lors de l’introduction dans le vagin ou l’anus provoquant de sérieuses blessures. Le passage à l’acte sexuel proprement dit devenait une condamnation à perpétuité. Pour les femmes il y avait en plus le risque d’une grossesse.

La plupart des séances de torture étaient précédées de la mise à nu des corps des suppliciés, et cela pour plusieurs raisons :
-  Comme très souvent il y avait l’utilisation de l’électricité (plus souvent le courant pris sur des prises de courant ’du 110 volts à l’époque’, plus fréquemment que la "gégène") il était plus facile de fixer un fil sur le sexe, sur un sein, dans l’anus, dans le vagin… Et pour "améliorer" le passage du courant, les corps souvent étaient installés sur une table métallique, puis arrosés.
-  Mais surtout, une personne nue (souvent dévêtue brutalement) devant plusieurs hommes était déjà une humiliation grave, d’autant plus qu’elle était généralement accompagnée d’attouchements
-  Des brulures de cigarettes sur les seins des femmes allaient laisser des cicatrices démontrant ainsi son viol.

Aujourd’hui encore, des femmes qui ont subit ces outrages, il y a plus de 50 ans, sont encore confrontées à ce cruel drame qu’elles ont subi, et il les poursuit encore sur deux aspects, l’un personnel, intime, le coté physique, psychique du viol, l’autre lié au regard de la société à leur égard. Je voudrais évoquer 2 exemples concrets que j’ai constatés lors de mon voyage à Alger en décembre 2001 lorsque je suis venu "revisiter" la Villa Susini, 40 ans après l’avoir quittée pour réaliser le reportage de "Envoyé Spécial" pour la Télévision. Il s’agit de Khéria, la maman de Mohamed Garne, cet enfant né d’un viol collectif de sa mère par l’unité de l’armée qui l’avait arrêtée pour qu’elle soit le repos des guerriers, selon l’expression imagée de l’époque.Elle s’était réfugiée, à ce moment là, dans le cimetière de la banlieue d’Alger, parce que les morts n’allaient pas l’insulte !!! Surnommée la "Louve", elle ne répondait à personne. Et puis je veux évoquer Louisette Ighilahriz, qui est devenue mon amie. Dans la période de ce reportage, nous avions eu l’occasion de nous retrouver à l’Hôtel Saint Georges à Alger, en compagnie de plusieurs Moudjahidines. J’ai assisté à de très vifs reproches qui lui ont été proférés parce qu’elle avait parlé publiquement de ce qu’elle avait subi. Aujourd’hui encore, je sais qu’elle continue d’être l’objet de très vives critiques, y compris dans son entourage proche. J’admire son courage parce qu’elle aura beaucoup apporté à la cause féminine en Algérie.

Il y a eu aussi beaucoup de viols tolérés, s’ils n’ont pas été, comme dans de nombreux cas, encouragés par la hiérarchie militaire pour "récompenser" les appelés en misère sexuelle (sans contacts affectifs pendant des mois, plus d’une année souvent pour certains) et pour humilier les victimes, dans cette démarche constante de volonté de domination sans possibilité de contestation.

On m’a souvent demandé de quantifier les actes de tortures dont j’ai pu être témoin dans cette courte période, c’est à dire à peine 9 mois. C’est très difficile à dire, seule une estimation rapide est possible. Au minimum, en moyenne d’une bonne dizaine chaque jour, trente jours par mois sur huit mois cela représente au moins 3.000 Algériens, certainement bien plus. L’usage des procédures les plus horribles (eau, électricité..) a du concerner entre six cents et un millier de personnes. Environ une cinquantaine de femmes, mais peut-être bien plus, ont été violées dont une majorité collectivement. Mais ces chiffres sont tellement imprécis, qu’ils ne peuvent être qu’une estimation grossière, un calcul approximatif. Et puis, est-ce le chiffrage, 3.000 ou 4.000 ou plus de victimes qui doit être l’aspect le plus important ? Doit-on polémiquer sur le nombre de milliers ? N’est-ce pas seulement le fait qu’une grande quantité de victimes innocentes aient subi de telles atrocités ? Les estimations que j’avais pu produire initialement n’étaient pas si extravagantes que cela, puisqu’il suffit de reprendre la récapitulation du "Journal de Marche et d’opérations" (document des archives officielles de l’Armée que j’ai pu consulter), et qui, dans la version dactylographiée, pour la période allant du 1er juillet 1961 au 1er Mars 1962 et pour une partie seulement d’Alger donne les chiffres : 10 tués, 44 blessés, 1951 arrêtés. Et dans le dossier manuscrit de ce même "Journal de Marche et d’Opérations" ce nombre passe à 101 tués (dix fois plus), 238 blessés (cinq à six fois plus) et 2404 arrestations (un quart de plus). Quand on sait comment les chiffres sont souvent minorés, quand on sait que toutes les personnes arrêtées passaient obligatoirement par la Villa, qu’il en soit annoncé officiellement 1951 ou 2404 selon la source "officielle", et que des unités proches amenaient également les suspects dans ce centre d’O.R. (Officiers de Renseignements). Pour plagier l’expression d’un témoin du Général Schmitt lors du procès que j’ai eu avec lui, je n’y suis peut-être pas allé assez fort. On voit bien ainsi, en consultant des archives "officielles", selon les documents consultés des écarts importants, pour les mêmes faits. En dehors des chiffres, invérifiables, mais considérables, le plus important est sans doute le traumatisme qui perdurera à vie. Certes les victimes directes, évidemment, continueront de souffrir de ces plaies qui ne peuvent se cicatriser. Principalement en Algérie, avec la culture liée à la pratique de l’Islam, ces personnes torturées qui ont été tant humiliées ne pourront que difficilement s’exprimer, les femmes pratiquement jamais.

Mais les tortionnaires, principalement les appelés, dont l’armée n’était pas le métier, mais contraints de perdre 2 années, presque 3 pour certains, de leur jeunesse, resteront marqués à jamais. Le film "Mon Colonel" de Costa Gavras, inspiré d’un cas réel, concret, montre comment un jeune officier de réserve se trouve broyé par cette question de la torture. Dans les archives militaires, j’ai trouvé les traces d’un cas presque analogue où un jeune appelé, lui aussi officier de réserve, et chargé du "renseignement" a tenté de se suicider.

Les traumatismes, conséquences de ces pratiques sur les appelés, ont eu deux types de réactions un repli, des cauchemars liés à une impression de culpabilité personnelle de s’être laissé aller à des actes barbares, ou pour d’autres, des réactions de violences terribles au retour à la vie civile.

Il faut se souvenir que cette Guerre d’Algérie s’est déroulée tout juste une dizaine d’années après la Seconde Guerre Mondiale qui avait tant marqué les esprits avec la barbarie nazie : les tortures, déportations, exécutions sommaires… Dans le subconscient général, il n’était donc pas possible que l’Armée Française ait pu se conduire comme les nazis, cela ne pouvait être que des exceptions qu’il fallait cacher.

Mais aujourd’hui, j’entends poursuivre mon combat contre la torture. Il est intolérable que la France n’ait toujours pas reconnu et condamné ces pratiques réalisées en son nom tout particulièrement pendant la Guerre d’Algérie. Puis elle porte une autre responsabilité d’avoir exporté ses "compétences" en envoyant ses instructeurs : Aussaresses, Trinquier, Lacheroy… former les futurs tortionnaires sur le continent américain. Les pratiques à Abou Ghraib, à Guatànamo… sont totalement inspirées de cette sinistre formation. En 2005, l’Armée Française, sans doute pour copier les Etats Unis qui venaient de légiférer pour "légaliser" les pratiques de leurs centres de détention, a tenté une campagne afin d’obtenir un cadre juridique, "encadré" (selon son expression), de la torture dans la revue "Le Casoar".

Quand Le Président Hollande est venu en Algérie, en décembre 2012, certes il s’est rendu sur la place Maurice Audin (ce n’est qu’au denier moment que son emploi du temps a été modifié pour y inclure cette étape) mais il a "oublié" de condamner la torture dont la France a fait usage pendant la Guerre d’Algérie. Il s’était engagé à transmettre à Josette Audin son épouse les archives concernant la disparition de ce mathématicien qui s’était engagé au côté du peuple algérien. Le 17 juin dernier, il a diffusé un communiqué selon lequel Maurice Audin ne se serait pas évadé (cette version officielle maintenue depuis le 21 juin 1957) mais qu’il était morts en détention, selon les témoignages et documents concordants. L’expression "torture" n’est même pas évoquée !!! Mais comment est-il mort ? Quels sont les témoignages et documents concordants ? Autant de questions qui restent sans réponses, encore à ce jour, un scandale.

J’ai bien peur que la lâcheté politique de notre Président, lorsqu’il viendra de nouveau en Algérie, son voyage serait annoncé pour le mois prochain, ne permette pas des avancées significatives dans ce domaine. Il suffit de se souvenir que le candidat Hollande à l’élection présidentielle signait une pétition pour réclamer que les plus hautes autorités de la France reconnaissent et condamnent le crime d’état qu’était le massacre de 300 algériens en plein Paris le 17 octobre 1961. Une fois élu, il a "oublié" son engagement.

En France, dans la société civile, les collectifs comme ceux du "17 octobre 1961" ou de "l’Autre 8 mai 1945 à Sétif" continuent de poser cette impérieuse nécessité de reconnaissance et condamnation par la France de ses responsabilités dans ces domaines. C’est une question fondamentale pour qu’un réel traité d’amitié entre nos deux pays puisse se réaliser, même si dans les faits une profonde amitié existe entre nos deux peuples. Nous ne pouvons accepter que les accords poursuivis entre nos gouvernements sentent plus le pétrole, ou les bonnes affaires pour certains, qu’une véritable politique d’échanges réciproques, équilibrés profitables à tous.

Il est inacceptable qu’un pays comme la France, qui revendique être le pays des Droits de l’Homme, persiste dans une telle politique du déni, de l’hypocrisie et par contre se permette, à tout moment de donner des leçons dans ce domaine.

P.S. :

Plusieurs questions sont venues dans le débat qui a suivi, autour de l’interrogation sur : "Comment se fait-il que la question de la pratique de la torture pendant la Guerre de Libération n’ai pas été plus connue en métropole ? donc sur les moyens de diffusion de l’information ? " J’ai donc dû rappeler qu’à cette époque, l’électricité n’était pas dans toutes les habitations (personnellement, jusqu’à 15 ans -1953-, chez moi, nous ne disposions ni de l’eau courante ni de l’électricité, donc ni radio). Moins d’un logement sur 10 disposait d’une ligne, fixe, de téléphone. Il est difficile de regarder les évènements de cette époque avec le regard d’aujourd’hui.

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