Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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Jacqueline GUERROUDJ
Article mis en ligne le 21 janvier 2015

par Henri POUILLOT
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La militante Jacqueline Guerroudj, la doyenne des moudjahidate (littéralement : femme combattante) est partie le 18 janvier 2015, agée de 95 ans, des suites d’une longue maladie, elle qui a œuvré activement pour l’indépendance de l’Algérie. Ses obsèques se sont déroulées au cimetière El Alia d’Alger, dans le carré des martyrs.


Portrait réalisé par Mustapha Boutadjine en 2012

Cette femme aux engagements exceptionnels a éprouvé les plaies du 20e siècle. Parmi ses nombreux combats, l’histoire retiendra la manière dont elle s’est illustrée en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Née en 1919 à Rouen, de famille française et de confession israélite, elle fit des études de philosophie et de droit. Internée à Tours au début de 1942 par les nazis, elle échappa à la déportation et à la chambre à gaz en réussissant à gagner la zone Sud. Nommée institutrice en Algérie, elle y épouse en 1951 Abdelkader Guerroudj, instituteur lui aussi, membre du Parti Communiste Algérien

Dans cette période, la militante intègre le réseau du Comité de défense des libertés (CDL) et s’engage, en 1956, au Front de Libération nationale (FLN) comme agent de liaison dans les commandos de l’Armée de libération nationale (ALN). Ces faits lui vaudront d’être arrêtée et condamnée à mort en 1957. Si elle échappe à l’application de cette peine, son compagnon de lutte, l’ouvrier syndicaliste Fernand Iveton, est lui exécuté, en dépit d’un recours en grâce et des efforts répétés de Jacqueline pour le sauver. "Je vais mourir, mais l’Algérie sera indépendante" furent les dernières paroles entonnées par ce militant communiste avant d’être guillotiné.

Devant le tribunal permanent des forces armées d’Alger, Jacqueline revient fièrement sur la nature de ses convictions, qui évoquent la couleur de l’époque : "Sous l’occupation nazie en France, j’ai été, en tant que juive, internée dans un camp de concentration pendant un temps assez bref d’ailleurs ; mais j’ai été aidée et sauvée, ainsi que d’autres membres de ma famille, par des résistants français, alors que je n’avais aucune conscience, aucune activité politique. J’ai pleinement réalisé qu’il y avait des circonstances où il était impossible de ne pas prendre position et que j’avais contracté une dette que me suis promis de payer dès que j’en aurais l’occasion. Toute mes sympathies allaient au communisme, mais je n’ai commencé à militer que lorsque je me suis installée en Algérie, pour pouvoir lutter efficacement contre les injustices que j’avais constamment sous les yeux et qui me révoltaient."

Le 1er novembre 2014, j’étais à Alger, j’ai rencontré son mari Abdelkader à l’occasion d’une cérémonie honorant de nombreux moudjahidin pour leurs rôles joués dans la Guerre de libération. Il faisait partie, avec sa femme, des personnalités récompensées à l’occasion de ce 60ème anniversaire. Mais il était seul, et nous confiait que, étant donné l’état de santé de Jacqueline, il n’était pas sûr qu’elle soit en mesure d’apprécier ce geste.

Meilleurs vœux à Abdelkader pour surmonter cette épreuve.

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