Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
Descriptif du site
Maurice Audin : à quand la vérité ? Lettre ouverte à Pierre de Villiers
Article mis en ligne le 9 septembre 2014
dernière modification le 20 novembre 2016

par Henri POUILLOT
Imprimer logo imprimer

Dans le cadre des commémorations de la Guerre de 14/18, une manifestation militaire, présidée par Pierre de Villiers, Chef d’Etat Major des Armées s’est déroulée à Versailles le samedi 6 Septembre 2014. A cette occasion, es-qualité de Président de l’ARAC des Yvelines j’ai remis en main propre au premier militaire de France cette lettre ouverte :Retour ligne automatique

Objet : Assassinat de Maurice Audin

Mon Général,

Notre association regroupant de nombreux Anciens Combattants de la Guerre d’Algérie reste très sensible aux questions de mémoire, de vérité sur cette triste période pendant laquelle de nombreux camarades ont tant souffert.

Personnellement, affecté de fin juin 1961 au 12 mars 1962 à la Villa Susini à Alger, ce centre qui a eu ce triste privilège d’être un centre où s’est pratiquée la torture pendant toute la Guerre d’Algérie, je reste profondément marqué par ces odieuses barbaries. Ce passé me rend d’autant plus sensible à tout ce qui concerne la torture pratiquée pendant la Guerre d’Algérie. J’ai témoigné publiquement à de nombreuses reprises. Alors la question de "Maurice Audin" reste donc, pour moi, comme pour sa famille et de très nombreux Français humanistes soucieux des droits de l’homme, une affaire qui n’a pas encore été réglée depuis ce 11 juin 1957, jour de sa "disparition".

Je profite donc de votre venue à Versailles en ce 6 septembre 2014 pour vous remettre directement cette lettre que je vais rendre publique pendant le week-end, comme je publierai évidemment votre réponse dès qu’elle me parviendra.

Lors de l’exposition officielle réalisée à l’Hôtel des Invalides à Paris (entre le 16 mai et le 29 juillet 2012) "Algérie 1830-1962", pour la première fois, l’Armée avait reconnu, de fait, discrètement, ce qu’elle avait toujours nié jusqu’alors : la pratique de la Torture et des Viols. Aucun des autres crimes commis dans cette période n’ont été à ce jour ni reconnus, ni donc condamnés. Les plus hautes autorités de la France sont restées muettes. A quelques semaines du 60ème anniversaire du déclenchement de la Guerre d’Algérie, il serait plus que temps que ce silence soit enfin rompu.

Le cas de Maurice Audin est emblématique dans ce domaine. Jusqu’au 17 juin 2014, la seule version officielle restait une "évasion" de ce mathématicien. A l’occasion de la remise du "Prix de Mathématiques Maurice Audin" le Président de la République François Hollande diffusait le 18 juin 2014 ce communiqué : "Aujourd’hui est remis le Prix AUDIN de mathématiques, en mémoire de Maurice AUDIN, jeune professeur et militant de l’Algérie indépendante. Depuis mon entrée en fonction, j’ai fait de l’exigence de vérité la règle à chaque fois qu’il est question du passé de la France. C’est cette exigence qui m’a guidé quand, à l’occasion de mon voyage à Alger en décembre 2012, j’ai rappelé notre devoir de vérité sur la violence, sur les injustices, sur les massacres, sur la torture. C’est cette exigence qui m’a conduit à ordonner que soient engagées des recherches sans précédent dans les archives du ministère de la Défense, afin de découvrir si des documents officiels permettaient d’éclairer de façon définitive les conditions de la disparition de M. AUDIN en juin 1957. Ces recherches n’ont pas permis de lever les incertitudes qui continuent d’entourer les circonstances précises de la mort de M. AUDIN, que la Justice n’a plus les moyens d’éclairer. C’est aux historiens qu’il appartient désormais de les préciser. Mais les documents et les témoignages dont nous disposons aujourd’hui sont suffisamment nombreux et concordants pour infirmer la thèse de l’évasion qui avait été avancée à l’époque. M. AUDIN ne s’est pas évadé. Il est mort durant sa détention. C’est ce que j’ai voulu signifier en me rendant le 20 décembre 2012 place Maurice AUDIN à Alger, devant la stèle qui honore sa mémoire. C’est ce que j’ai dit à Mme AUDIN en la recevant le 17 juin 2014, 57 ans après la disparition de son mari à l’égard duquel un devoir de mémoire et de vérité nous oblige."

ENFIN, la thèse de l’évasion, à laquelle personne n’a jamais sérieusement cru, vient de se voir rangée au tiroir des affabulations. Mais l’expression "Il est mort en détention" reste affligeante : dans quelles conditions est-il mort pendant sa détention ? Il est effectivement très probable que l’Armée a délibérément effacé toutes les preuves formelles dans ses archives, dès l’assassinat de Maurice Audin, pour "justifier" la mascarade d’une pseudo évasion.

Cependant, ce communiqué proviendrait "des recherches sans précédent dans les archives du ministère de la Défense, afin de découvrir si des documents officiels permettaient d’éclairer de façon définitive les conditions de la disparition de M. AUDIN en juin 1957". Ainsi, d’après le Président de la République, c’est donc sous votre responsabilité que cette "enquête" a été menée. Ce communiqué précise "que des documents et des témoignages dont nous disposons aujourd’hui qui sont suffisamment nombreux et concordants…." prouvent que Maurice Audin ne s’est pas évadé et est mort en détention. Comment se fait-il alors que Josette Audin, au près de qui François Hollande s’était engagé à lui transmettre TOUTES les archives concernant cette affaire, n’en a pas été destinataire, y compris lors de sa rencontre avec le Président de la République du 17 juin 2014 ? C’est donc, par déduction, les nombreux témoignages "concordants" qui ont permis cette conclusion. Le 26 janvier 2014, j’envoyais une lettre ouverte au Ministre Jean-Yves Le Drian(toujours sans réponse), dont je vous joins une copie avec ce courrier. Ce courrier résumait l’essentiel de ce dossier, mais aussi expliquait que l’Armée disposait encore d’assez de témoins de cette époque, encore vivants, capables de "révéler" la vérité sur cette question.

La hiérarchie militaire dispose de tous les moyens d’établir la liste des militaires encore vivants qui ont été des témoins directs de cet assassinat et de recouper les divers éléments, témoignages de ce puzzle pour qu’enfin la vérité soit connue. Le Général Maurice Schmitt (qui occupa les mêmes fonctions que vous actuellement, il y a quelques années) était capitaine à l’époque des faits, dans les fonctions d’officier de renseignements. Il rencontrait donc quotidiennement au QG de l’Etat Major d’Alger tous les autres officiers de renseignements du secteur ? Ils se retrouvaient pour faire le point sur leurs "résultats". Le cas de Maurice Audin (comme celui de Henri Aleg) a donc été obligatoirement commenté très largement étant donné l’importance de tels "détenus". Le lieutenant Jean-Marie Le Pen, lui aussi officier de renseignement opérant à la Villa Susini, venait de quitter Alger, mais il ne pouvait pas ne pas avoir gardé des contacts suffisants pour savoir comment se poursuivait sa mission "casser du bougnoule" comme il aimait tant à le dire, et donc savoir ce qui était advenu de Maurice Audin. Il y a aussi le témoignage écrit du Colonel Godard (découvert à Stanford en Californie – Hoover Institution- par la journaliste du Nouvel Observateur Nathalie Funès) qui affirme que l’agent d’exécution de Maurice Audin serait le propre aide de camp du Général Massu : le sous-lieutenant Garcet de l’infanterie coloniale. Or cet officier est encore vivant. Il devrait donc, lui aussi, pouvoir confirmer la vérité concernant cet assassinat. Il semble donc, d’après ce communiqué présidentiel que de nombreux témoignages ont été effectivement collectés, alors, pourquoi les conditions de cet assassinat ne sont-elles pas données publiquement ? Combien de temps vont-elles rester "secret défense", ou "secret d’état" ?

L’exécution de Maurice Audin, résulte-t-elle d’une double décision : celle du Général Massu et celle du gouvernement, comme l’affirme le Général Aussaresses, dans les confidences faites à la fin de sa vie à Jean-Charles Deniau ?

Il est également très important de savoir ce que l’armée a fait du corps de Maurice Audin. En quel lieu s’en est-elle "débarrassé" ? Est-ce dans un charnier de la banlieue d’Alger, comme le laissent entendre les confidences du Général Aussaresses ?

Il est de votre autorité, mon Général, que l’Armée Française s’honore à ne pas rester la "grande muette" mais révèle, enfin, sa responsabilité sur ce plan et que toute la vérité soit enfin connue.

En attendant d’avoir votre réponse à cette lettre, je vous prie d’agréer, Mon Général, mes plus sincères salutations.

Le Président ARAC-78

Henri POUILLOT

PS. Dès que je recevrai la réponse, je la publierai

Forum
Répondre à cet article


puce

RSS

2002-2017 © Henri POUILLOT - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.79.26