Henri POUILLOT
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Roger Gavoury, 31 mai 1961

Jean François Gavoury, fils du Commissaire Cental d’Alger assassiné le 31 mai 1961, revient, 53 ans plus tard, sur ce drame.

Article mis en ligne le 1er juin 2014

par Henri POUILLOT
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Il y a cinquante-trois ans : c’était hier, c’est encore aujourd’hui

Ce 31 mai 2014 invite à réfléchir sur la liberté, la justice, la fraternité : des valeurs que le terrorisme ignore et que la politique et l’histoire s’emploient parfois à réviser.

Il y a cinquante-trois ans jour pour jour, des légionnaires déserteurs, aidés de jeunes Algérois, assassinaient le contrôleur général de la sûreté nationale Roger Gavoury, commissaire central du Grand Alger, chargé de la répression des menées activistes.

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Obsèques de Roger Gavoury – 3 juin 1961 - Alger

Comme Olivier Dard l’écrit dans Voyage au cœur de l’OAS (Éd. Perrin, 2005), avec cet acte, l’OAS assume, dès les origines, le choix consistant à "incarner le désordre en s’en prenant directement et physiquement aux symboles et aux institutions de l’État".

Dans sa préface du livre de Jean-Philippe Ould Aoudia intitulé La bataille de Marignane. 6 juillet 2005. La République, aujourd’hui, face à l’OAS (Éd. Tirésias, 2006), l’ancien ministre Pierre Joxe fustige « la félonie de quelques officiers trahissant leur mission pour organiser l’assassinat d’innocents » et dénonce « le terrorisme qui frappa des femmes et des enfants au nom de l’organisation armée secrète ». Et d’ajouter « Quelles que soient à présent les conséquences juridiques des lois d’amnistie, ces crimes-là sont aussi ineffaçables que l’honneur des serviteurs de l’État dont ils ont provoqué la mort et auxquels il est juste de rendre hommage. »

Oui, il est juste de célébrer publiquement le souvenir des victimes du terrorisme de l’OAS, comme l’ont fait et continueront à le faire les élus de la seule France qui vaille : je veux parler de ceux de la République et non de ceux d’une autre France, qui en piétinent les fondements en collaborant avec des faussaires de la mémoire et des réviseurs d’Histoire sans prendre nécessairement conscience qu’ils favorisent ainsi la résurgence intérieure et extérieure des fascismes.

Le projet d’une stèle alicantesque nommément dédiée à Bastien-Thiry, Degueldre, Dovecar et Piegts est, à cet égard, emblématique. Non contente de disposer, le long du littoral méditerranéen, depuis Nice jusqu’à Perpignan, de multiples monuments voués au culte des quatre fusillés de l’OAS, une association d’anciens criminels assumés et non repentants (l’Adimad) a voulu étendre sa nauséabonde influence là où le mouvement est né, en Espagne.

La date n’avait pas été choisie au hasard, non plus que le lieu :
- La date : 7 juin 2014, jour anniversaire de l’exécution de Dovecar et Piegts, condamnés à mort à la suite de leur participation à l’assassinat du commissaire Gavoury.
- Le lieu : Polop, dans une région où des membres de l’OAS soucieux d’échapper aux rigueurs de la justice de LEUR pays ont été, en 1962, accueillis à bras ouverts par le régime de Franco ; Polop, commune comptant autant d’habitants que l’OAS a fait de morts ; Polop, administrée par un socialiste, comme pour adresser un bras d’honneur à notre Premier ministre, M. Manuel Walls, de même qu’à la maire de Paris, Mme Anne Hidalgo, présente au côté de M. Bertrand Delanoë, le 6 octobre 2011, lors du dévoilement au cimetière du Père Lachaise de la première stèle commémorant le sacrifice des victimes de l’OAS.

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M. Bertrand Delanoë, Mmes Anne Hidalgo et Catherine Vieu-Charier lors de l’inauguration de la stèle le 6-X-2011 - Cimetière parisien du Père Lachaise)
Portées par des quotidiens algérien (El Watan) et espagnol (El Periódico) ainsi que par Mediapart, signalées à l’attention des diplomaties espagnole et française, les protestations émanant des associations de victimes du terrorisme de l’OAS (Anpromevo, Marchand-Feraoun) ont favorisé un sursaut à la mesure de la provocation que représentait cet événement.

L’information a été rendue publique ce 31 mai, en résonance heureuse à un autre si sombre : après en avoir cautionné le déroulement, le maire de Polop, M. Gabriel Fernández Fernández, éclairé sur la réalité des intentions de l’Adimad, retire sa participation à la cérémonie en même temps que l’autorisation délivrée aux instigateurs de cet hommage à l’OAS.

Nul doute en effet que la bonne foi de cet élu ait pu être abusée. Nul doute, en particulier, qu’il ait été sensible à l’alerte concernant l’illégalité, de ce côté-ci des Pyrénées, de toute forme d’apologie des crimes et attentats de l’OAS.

Nul doute, enfin, que les autorités des deux pays aient pris conscience de la réaction des représentants de l’Espagne en France à l’annonce, par exemple, de l’élévation sur notre territoire d’une stèle à la gloire des auteurs des attentats commis par l’ETA.

Restons vigilants quant à la montée du révisionnisme en relation avec la guerre d’Algérie, à défaut de quoi force serait de se résoudre à la vanité des combats pour la liberté, pour la vérité, pour la justice, pour la conciliation des mémoires et pour la fraternité des peuples.

Jean-François Gavoury

Président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo)

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