Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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Affaire Audin : le long cheminement d’une affaire d’État

Editorial de l’Humanité du 9 Janvier 2014 par Patrick Apel-Muller

Article mis en ligne le 10 janvier 2014

par Henri POUILLOT
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"Un geste magistral reste à accomplir pour que l’affaire Maurice Audin soit un révélateur et, aussi douloureuse soit-elle, le terrain de nouvelles rencontres"

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François Hollande à Alger devant la stèle hommage à Maurice Audin, en décembre 2012

Même la Grande Muette 
ne peut plus taire l’irrépressible tragédie. Le nom de Maurice Audin continue à hanter les consciences comme un crime d’État, pas seulement celui de parachutistes ivres de sang 
et de vengeance qui voulaient faire place nette à Alger, mais comme un acte, décidé par les centurions qui régnaient dans la Ville blanche et commandé par les responsables politiques de l’époque. En cette année 1957, on relevait parmi les ministres les noms de Guy Mollet, François Mitterrand, Jacques Chaban-Delmas, Alain Poher, Antoine Pinay… Après avoir brisé l’organisation du FLN – pour un temps seulement –, le pouvoir avait lancé la chasse aux communistes français et algériens qui agissaient pour l’indépendance de l’Algérie. Henri Alleg et bien d’autres militants ont alors connu la question. Treize ans à peine, après 
la libération de Paris, 
des soldats français 
se muaient en bourreaux 
et en tortionnaires. Le colonialisme et l’anticommunisme étaient leur idéologie ; le crime leur chemin. Pourtant, les noms 
de Bigeard et de Massu sont encore hissés, sanglants, 
sur le pavois de cérémonies militaires.

Le général Aussaresses aura beaucoup menti, puis lâché des vérités par bribes, jusqu’à sa dernière confession. Sans doute ne sommes-nous pas si loin de 
la vérité désormais, celle que Pierre Vidal-Naquet, lors de sa célèbre, enquête avait dessinée, celle que des intellectuels de renom avaient proclamée à la face d’une justice couchée, celle qui se rappelle au souvenir d’un président de la République lorsqu’il franchit la Méditerranée. On attendait alors de François Hollande qu’il ouvre un nouveau chemin, non pas d’une repentance comme 
s’il n’existait pas en France un courant héritier du combat 
de Maurice Audin, mais celui de la lucidité et de la fraternité.

L’Algérie reste prisonnière des douleurs immenses, des crimes non reconnus, des brûlantes humiliations coloniales. Notre pays n’est pas non plus libéré des crimes 
commis par ses représentants, de la flétrissure de la torture, 
d’une histoire mutilée. Des traumatismes individuels perdurent, mais aussi collectifs. Dans les blancs de la mémoire, se nichent les ferments du racisme. Ils alimentent
aussi des ressentiments au long cours qu’un Dieudonné exploite. Un geste magistral reste à accomplir pour que l’affaire Maurice Audin soit un révélateur et, aussi douloureuse soit-elle, le terrain de nouvelles rencontres. Son dénouement et sa vérité nue pourraient être fondateurs. 
L’Humanité était le journal de ce jeune et brillant mathématicien ; censuré et saisi pendant la guerre d’Algérie, 
il portait son combat ; cette cause est toujours la sienne.

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