Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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A Saint Seurin sur l’Isle, le maire préfère commémorer le 26 mars 1962 au 19 mars 1962
Une nostalgie du temps colonial, de l’Algérie Française, de l’OAS...

Ce Maire, ancien officier pendant la Guerre d’Indochine, rêve des anciennes colonies, et continue à se battre pour une "Algérie Française"

Article mis en ligne le 7 avril 2013

par Henri POUILLOT
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Marcel Berthomé, ce maire nostalgique de l’Algérie Française, de l’OAS, a préféré honorer de nouveau le Général Salan avec éclat, plutôt que de rendre dignement hommage aux victimes de la Guerre d’Algérie

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Compte rendu de témoins venu se rendre compte de la nature de cette manifestation. Ils se sont tenus à distance mais ont été dévisagés par ces manifestants qui n’ont pas apprécié cette "surveillance".

La cérémonie organisée par le maire de la commune s’est déroulée le 26 mars 2013 dans la commune de St Seurin-sur-l’Isle (33) de 11 H30 à 12H15.

L’organisation se voulait très militaire, le fond sonore était porté par une sono puissante, des commandements brefs ont été prononcés : "A mon commandement, garde à vous, au drapeau" , suivis de plusieurs hymnes modifiés, notamment avec des passages de la Marseillaise.

Pour le bon déroulement de la cérémonie sur la Place baptisée en 2006 Place "Général Raoul Salan", la municipalité avait mis à contribution la police municipale et des éboueurs municipaux en tenue jaune, avec pour mission, de canaliser les voitures.

Parmi la centaine de participants (hommes et quelques femmes) de 75 à 80 ans, un religieux très âgé en aube blanche, un participant en tenue camouflée et plusieurs avec des bérets rouges de type "parachutiste".

8 porte-drapeaux et 2 porte-grandes bannières sur fond bleu-blanc-rouge avec des inscriptions "les anciens détenus et exilés politiques, le sigle ADIMAD, Algérie française". 3 Voiture garées à proximité : une des Pyrénées Atlantiques, de l’Hérault, de la Corrèze.

2 prises de parole ont eu lieu

La première, par J.F. Collin : il a remercié le Maire d’avoir eu le courage d’organiser cette cérémonie en mémoire d’un "tragique 26 Mars". Il fait l’apologie de la déportation d’un million de français d’Algérie et de milliers d’Oranais enlevés par le FLN et jamais retrouvés. 3600 condamnés, 11000 arrêtés. Par contre les porteurs de valises ont été décorés. Il a dénoncé la date du 19 Mars : fête nationale, selon ses dires:date de la signature des accords d’Evian.!. Il a fait un appel des auteurs d’attentats OAS, condamnés à mort puis fusillés, faisant répondre par les assistants : "présent" pour Jean-Marie :Bastien-Thiry, Roger Degueldre, Albert Dovecar, Claude Piegts. Ensuite, il a énuméré la liste des morts à Alger et à Oran dont de nombreux morts sans nom, désignés par X : enfant X, Femme X, Homme X.

Le deuxième intervenant a cité Hélie Denoix de St Marc (autre putschiste responsable de l’OAS) et Victor Salan, fils de Raoul. Après avoir indiqué que 90 % des français avaient voté pour une Algérie indépendante, il a terminé son discours par un « Vive la Vraie France » .

La cérémonie s’est terminée par une Marseillaise et le Chant des Africains ; ensuite l’Assemblée s’est dirigée vers un vin d’honneur offert en Mairie.

Article de Sud Ouest du Avril 2013 : Quand Saint-Seurin célèbre le chef de l’OAS

Le 26 mars dernier, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées pour une cérémonie assez particulière, devant la stèle du général Raoul Salan.

Marcel Berthomé se sait volontiers à contre-courant. Mais après de nombreuses années à bourlinguer en Afrique et ailleurs pour l’armée française, plus de quarante ans de vie politique et huit mandats à la tête de la commune de Saint-Seurin-sur-l’Isle, on ne changera pas le nonagénaire ultra-droit dans ses convictions ultra-droites.

Voilà sans doute pourquoi les appels des services de l’État et les lettres d’opposants ne l’ont pas fait vaciller d’un iota dans son ambition d’organiser, le 26 mars dernier, une cérémonie d’hommage au général Raoul Salan. Salan, une figure du XXe siècle (1899-1984), héros de deux guerres mondiales, commandant en chef en Indochine et en Algérie, sans doute l’un des militaires les plus décorés de l’armée française… mais aussi un symbole de la France coloniale, partisan acharné de l’Algérie française, général putschiste en 1961, passé à la clandestinité - et, pour beaucoup d’historiens, au terrorisme - lorsqu’il est devenu chef de l’Organisation armée secrète, la fameuse OAS (1).

Entre 80 et 300 personnes Un peu plus de trois mois après la reconnaissance par le président de la République François Hollande et donc de l’État, des « souffrances » infligées à l’Algérie par la colonisation, la tenue de cette "cérémonie du souvenir de l’Algérie française à ses victimes militaires et civiles" peut paraître pour le moins incongrue. Une manifestation tombée un mardi et suivie tout de même par 300 personnes selon le principal organisateur, 80 selon ses détracteurs, ainsi qu’un peloton de gendarmerie, discrètement placé là en cas de débordements.

Marcel Berthomé, qui a connu trois guerres, se battant notamment en Indochine et en Algérie, ne raconte forcément pas la même histoire que celle déclinée dans les manuels de classe. "On a vendu l’Algérie, explique-t-il. On avait dit aux militaires de garder l’Algérie française […] Le drame, c’est qu’on a gagné la guerre mais qu’on a donné l’Algérie. Aujourd’hui, on célèbre le 19 mars, mais c’est un jour de deuil et de honte".

À Saint-Seurin, le maire a choisi le 26 mars, commémoration de la fusillade de la rue d’Isly à Alger, jour au cours duquel des partisans du statu quo de l’Algérie française avaient été pris pour cible par l’armée française. Et la cérémonie s’est tenue devant une double stèle dédiée au général Salan, "général d’armée, dernier soldat de l’Empire au service exclusif de la France" et aux "fusillés, patriotes, résistants, disparus tombés pour que la France reste en Algérie".

Dans le cortège de Saint-Seurin le 26 mars dernier, outre le fils du général, Victor Salan, on recensait aussi les représentants d’associations proches des anciens de l’Algérie française, comme Adimad ou le Collectif du Non au 19 Mars.

"La vraie France" Louis Martinez, délégué pour l’association 4ACg (Association des anciens appelés en Algérie-Tunise-Maroc contre la guerre et leurs amis), fut l’un de ceux qui a demandé l’annulation d’un tel rassemblement, écrivant au préfet de la Gironde. "Nous vous demandons […] de bien vouloir interdire cette initiative qui ne peut être que douloureuse pour toutes les victimes civiles et militaires de ces factieux qui veulent poursuivre leurs détestables actions de division de 1962 […]".

Présent « en catimini » le 26 mars dernier, Louis Martinez a observé "un homme en tenue de camouflage, trois autres avec des bérets rouges qui sentaient fort la nostalgie", et écouté les discours, notamment celui qui s’est terminé "en parlant de la vraie France". "Mais qu’est ce qu’il y a dans cette expression ?", s’interroge-t-il.

Pas question en tout cas pour le maire Marcel Berthomé de plier devant la polémique. Le 26 mars 2014, sans aucun doute, une nouvelle cérémonie sur la place du Général-Raoul-Salan (le maire a rebaptisé cet espace municipal en 2006) - devrait être organisée : "Nous sommes un certain nombre à avoir vécu cette période. Tant que nous serons encore en vie, nous ferons vivre son souvenir."

(1) Arrêté en 1962, Salan a été condamné à la détention à perpétuité. Il a été libéré en 1968, gracié par de Gaulle. Raoul Salan fut réintégré dans ses prérogatives de général d’armée en 1982, à la suite d’une loi d’amnistie votée sous la présidence de François Mitterrand.

P.S. :

Remarques : Même pour ceux qui commémorent le 19 mars, ce n’est jamais une fête, mais un hommage aux jeunes qui sont morts pendant cette guerre coloniale.
Le 19 mars 1962, ce n’est pas la date de signature des accords d’Evian (c’était le 18 mars) mais le cessez le feu. Certes après ce 19 mars il y a eu encore de nombreux morts, mais l’OAS a une terrible responsabilité, en refusant cette paix, elle est à l’origine de très nombreux attentats qui ont provoqué, inévitablement des réactions,

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