Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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Le PCF et Indépendance algérienne en 1957
Un texte de François Billoux

François Billoux signait la préface du livre "Réalité de la Nation Algérienne" (1) de Marcel Egretaud paru le 30 juin 1957

Article mis en ligne le 9 décembre 2012
dernière modification le 24 février 2013

par Henri POUILLOT
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Dans de nombreux débats auxquels j’ai pu assister, j’ai souvent entendu, y compris de la part de certains historiens, déclarer que le PCF n’avait pas pris, ou très tardivement, position pour l’indépendance de l’Algérie.

Ce livre, que je viens de découvrir, imprimé le 30 juin 1957, préfacé par l’un des principaux responsables du Parti Communiste Français(2) de l’époque, François Billoux, met en pièce ces allégations.

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Préface de François Billoux

Voici un livre qui répond à une attente, que dis-je, à une demande. Chaque Français et Française est préoccupé par la guerre menée en Algérie depuis novembre 1954. A peine le "cessez-le-feu" avait-il été décidé au Viet-nam qu’ont commencé les hostilités en Algérie.

Tous les jours le sang coule. plus d’un milliard de francs(3) est englouti quotidiennement.

L’inquiétude, l’opposition et l’action du peuple contre cette guerre ne cesse de grandir dans tout le pays.

Le fait qu’une armée d’un demi-million d’hommes occupe l’Algérie montre qu’il s’agit bien d’une guerre contre tout un peuple dressé dans la lutte pour la conquête de son indépendance.

Si le parti Communiste français a été le seul, dès le début, et en tant que parti, à demander que dans l’intérêt des deux pays, satisfaction soit donnée aux aspirations légitimes du peuple algérien, des hommes et des groupements toujours plus nombreux prennent à leur tour position.

Le moment arrive où il est démontré, une fois de plus qu’il est vain de prétendre vouloir faire tourner à l’envers la roue de l’histoire.

Les évènements de ces trois dernières années imposent cette constatation que les rapports nouveaux entre la France et l’Algérie ne peuvent être conçus et basés que sur l’indépendance et l’égalité absolue entre les deux peuples.

Par son attitude le Parti Communiste Français empêche que le fossé actuellement creusé par nos gouvernements entre la France et l’Algérie ne s’élargisse jusqu’à la rupture définitive.

Une fois de plus, le Parti Communiste Français agit suivant les principes inséparables de l’internationalisme prolétarien conséquent et du patriotisme le plus pur.

Ne serait-elle pas risible, s’il n’y avait les conséquences tragiques qui en découlent, l’affirmation que l’Algérie est une province française comme la Provence ou la Bretagne ? Les mêmes qui l’ont répété à satiété et sur tous les tons ne sont-ils pas offusqués lorsqu’on leur demande si 8,5 millions d’Arabo-Berbères sont aussi des Français ? Ainsi, l’Algérie serait la France, mais les neuf-dixièmes de sa population ne seraient pas française ?

Dès 1939, et alors que des hommes qui sont maintenant dans le Font Algérien de Libération Nationale rejetaient la solution d’une république algérienne, Maurice Thorez, au nom du Parti Communiste Français montrait que l’Algérie était une nation en formation. Depuis des modifications considérables sont intervenues. Seuls des attardés, intéressés à l’exploitation des hommes et des peuples, peuvent prétendre ignorer que l’ère du colonialisme est définitivement révolue.

D’Algérie, après une longue évolution, demande maintenant que lui soit faite une place qui lui revient parmi les nations.

Beaucoup de Français ignorent ce qu’est l’Algérie, son évolution dans l’histoire et les problèmes qui sont arrivés à maturité dans ce pays imposent par là même une rapide et juste solution. Il n’y a rien d’extraordinaire à cette ignorance si l’on tient compte que depuis des générations, la bourgeoisie française s’est évertuée à propager des idées fausses sur l’Algérie.

Les manuels scolaires expliquent d’une façon bien particulière la genèse et l’histoire de la conquête à partir de 1830. Il y est beaucoup question du fameux coup d’éventail du Dey d’Alger, mais c’est le silence le plus complet sur les multiples déclarations et rapports des conquérants montrant le dessous, les véritables raisons et les conditions de l’installation française en Algérie. Ces documents ont été cachés ou truqués. Mais les faits sont têtus et la vérité finit toujours par triompher.

Le livre de Marcel Egretaud lève le voile sur l’Algérie et fait apparaître les faits sous leur vrai jour. Il n’a nullement la prétention d’épuiser le sujet. Des communistes français travaillent actuellement à un ouvrage documenté, plus poussé que celui-ci ; mais l’histoire complète de l’Algérie sera nécessairement l’œuvre des Algériens eux-mêmes, de ceux qui actuellement sont en train de la faire.

Il fallait pourtant qu’un certain nombre de choses essentielles soient dites rapidement et permettent de juger en connaissance de cause. C’est un des grands mérites de ce livre dont la lecture est par ailleurs passionnante.

Après avoir apporté quelques données géographiques, Marcel Egretaud présente un aperçu vivant de la marche de l’Algérie à travers les siècles, et cela depuis trois millénaires, jusqu’à la colonisation, en faisant ressortir notamment les siècles de la civilisation arabe.

Les pages émouvantes sur la colonisation et les conséquences du régime colonial rassemblent un faisceau de preuves et de témoignages irréfutables, basés pour l’essentiel sur des documents officiels.

Une présentation est faite de tous les éléments qui ont concouru à la formation de ce qui est désormais la nation algérienne.

Un raccourci saisissant rappelle l’action ininterrompue du mouvement ouvrier français, du Parti Communiste Français contre l’oppression coloniale en Algérie, pour que l’évolution de la nation algérienne soit facilitée par la France, se fasse avec elle et non contre elle.

Ce livre est, suivant la conclusion même de Marcel Egretaud, une importante contribution à l’action populaire qui doit faire en sorte que l’indépendance de l’Algérie soit une nouvelle chance donnée à la France.

François Billoux.

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(1) "Réalité de la Nation Algérienne" de Marcel Egretaud paru aux "Éditions Sociales", dans la collection Problèmes, édité en 1957
(2) ministre PCF du Général de Gaulle de Aout 1944 à Mai 1947, Directeur du journal "France Nouvelle" (hebdomadaire du PCF principalement destiné aux militants responsables du parti, aux intellectuels), député PCF des Bouches du Rhône de 1936 à 1940 puis de 1945 à 1978.
(3) A cette époque, c’était des anciens francs

P.S. :

A cette époque, un livre publié par les "Editions sociales", préfacé par un des membres les plus éminents de la Direction du PCF, ne pouvait donc être qu’une décision collective du Bureau Politique du Parti Communiste Français, officialisant ainsi une analyse concernant la position relative à l’indépendance algérienne.

Ce livre, paru juste quelques mois après la mise en œuvre des pouvoirs spéciaux, montre bien le soutien du Parti Communiste Français à la défense de l’idée d’indépendance nécessaire de l’Algérie.

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