Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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17 Octobre 2012, enfin, un premier pas important vers le changement !
Encore un bon bout de chemin à parcourir.

La déclaration du Président de la République relative au 17 octobre 1961 est une avancée, un premier pas, reste à confirmer cette orientation

Article mis en ligne le 19 octobre 2012
dernière modification le 22 octobre 2012

par Henri POUILLOT
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17 Octobre 2012, enfin, un premier pas important vers le changement ! Encore un bon bout de chemin à parcourir.

La déclaration de François Hollande, diffusée à l’AFP le 17 octobre 2012 à 16h30 est très importante : "Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes."

Sans bouder ce geste tant attendu, cette déclaration suscite quelques remarques et implique quelques interrogations.

Sur un sujet aussi sensible pour la reconnaissance d’un tel fait, que l’Élysée s’exprime par une simple déclaration à l’AFP, et non pas de façon symbolique, en un lieu symbolique, avec une cérémonie symbolique, montre sans doute que la Présidence de la République a estimé qu’il valait mieux éteindre un feu avant que cela ne devienne un incendie.

Je voudrais rappeler quelques faits concrets, récents. L’an dernier, le 17 octobre tombait un lundi, le lendemain du second tour des élections des primaires socialistes pour la désignation du candidat à l’élection présidentielle. Est-ce que François Hollande (à titre personnel, candidat) aurait signé l’appel des organisations constituant le collectif du 17 octobre réclamant la reconnaissance et la condamnation de ce crime d’Etat le samedi 15 après midi, si Martine Aubry, elle-même candidate, ne l’avait pas signé quelques instants plus tôt ?

Depuis ce geste, rien n’avait été fait pour confirmer dans les actes cette démarche. Le 15 septembre 2012, une lettre du Collectif du 17 Octobre préparant la manifestation de cette année était adressée au Président de la République, au Premier Ministre, aux Présidents de l’Assemblée Nationale et du Sénat pour leur demander audience afin de connaître leur position à ce sujet. Devant l’unanimité du silence, une lettre était déposée au nom de ce même collectif le mercredi 10 octobre déclarant qu’une délégation viendrait à l’Élysée le mercredi 17 octobre à 15heures pour entendre la réponse et ensuite pouvoir la communiquer lors du rassemblement qui allait se dérouler sur le Pont Saint Michel. Cette délégation a attendu une bonne heure sur le trottoir devant le Palais présidentiel en vain. Un commissaire de police faisant l’interface entre les services de la Présidence et la délégation nous a finalement informés, malgré notre insistance, que nous ne pourrions pas être reçu à l’Élysée, mais au Ministère de l’Intérieur, et pour tenter de nous séduire, à un haut niveau. Devant ce refus, les membres de la délégation sont repartis à 16h15 pour rejoindre le quartier du Pont Saint Michel. C’est à 16h30 que la dépêche de l’AFP est tombée. Quel mépris des militants, des associations signataires de l’appel au rassemblement que cette façon de procéder : refuser de les recevoir et donner une réponse par dépêche d’AFP sans même la remettre aux responsables de ce collectif.

L’Élysée avait-il peur que, en recevant la délégation, des questions "embarrassantes" ne soient posées à cette occasion ?

Cette déclaration est certes très importante puisqu’il y a un premier pas : une reconnaissance de la responsabilité de la République Française, mais les termes restent en dessous de la nécessité : il s’agit d’un crime d’état. Les manifestants revendiquaient aussi la dignité contre un cessez-le-feu raciste.

C’est un premier pas très important. Depuis 50 ans que la Guerre d’Algérie est terminée, ce premier geste fort mérite d’être salué comme une première étape. Mais on peut s’interroger si cette déclaration faite dans l’urgence va s’avérer comme un réel processus qui démarre ou comme une réaction permettant de désamorcer une situation devenue difficilement tenable.

En effet, pour le 50ème anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie, de nombreuses organisations et personnalités, des parlementaires, étaient intervenus auprès du Président de le République pour demander une expression forte sur ce sujet, à l’occasion du 50ème anniversaire de la fête de l’Indépendance. Seuls les sénateurs ont reçu un accusé de réception poli à leur courrier, mais rien de vraiment concret sur le fond. C’était toujours le silence assourdissant. Quatre ministres sont allés en Algérie préparer le déplacement de François Hollande à Alger prévu pour la fin de l’année. La presse française a été très, très, discrète sur les sujets discutés. La presse algérienne a évoqué le souhait français que l’intervention militaire française envisagée au Mali recevrait le soutien algérien, que des accords économiques significatifs pourraient être signés, d’autant plus que l’Algérie dispose d’une trésorerie conséquente pour aider les entreprises françaises à s’implanter et qu’une main d’œuvre de jeunes chômeurs bien formés attendant un emploi est disponible. Mais il semble bien que les questions de droits de l’homme auraient été oubliées. L’évocation d’un traité franco-algérien ainsi à l’ordre du jour semblait donc bien plus économique que réglant de façon humaniste les rapports entre nos 2 peuples. Pas un mot sur le passé colonial. Pas un mot sur les visas : pourtant avec la multiplication de familles dont des membres vivent des deux côtés de la Méditerranée cette politique est insupportable.

Les paroles sont effectivement importantes, mais les actes confirment ou invalident ces orientations. Deux exemples d’actualité viennent jeter le trouble à ce sujet :
-  Le transfert des cendres du général Bigeard : L’équipe sarkosyste avait prévu que les cendres du général Bigeard seraient déposées aux Invalides. Devant les réactions (une pétition recueillant près de 10.000 signatures), cette décision avait été différée. Eh bien une nouvelle décision vient d’être annoncée : c’est le Ministre de la Défense, lui-même, qui va inaugurer une stèle à la gloire de cet officier tortionnaire sur le mémorial des guerres d’Indochine à Fréjus, le 20 novembre prochain (annonce faite sur le site du ministère). Ce général a aussi le triste privilège d’avoir immortalisé une expression : les "Crevettes Bigeard". Bigeard avait inventé et perfectionné cette technique : au début les algériens condamnés à mort sans jugement (sauf le sien) étaient simplement largués dans les massifs montagneux, mais leurs corps étaient retrouvés. La seconde étape fut le largage en mer, mais quelques un sont parvenus à revenir à la nage sur la côte et échapper miraculeusement à la mort. C’est pourquoi il "fignola", dans une troisième étape, le raffinement de sa cruauté en scellant les pieds de ces victimes dans un bloc de ciment. C’est la pratique de cette technique enseignée par son ami le Général Aussaresses (et les officiers supérieurs instructeurs associés Lacheroy, Trinquier…) qui a été exportée en Argentine en particulier pour les 30.000 disparus que pleuraient les "Folles de la Place de Mai". Et dans un mois, la République Française rendrait un tel honneur officiel à un tel personnage. Quelle honte, quelle insulte aux algériens dont tant d’eux en ont été les victimes !!!!

- Il y a 2 ans une stèle avait été érigée à la "gloire" du Colonel Château-Jobert à l’intérieur de la caserne de Pau où sont formés les jeunes parachutistes. Cet officier a participé au putsch d’Avril 1961 voulant ainsi renverser la République, il a déserté, il a dirigé le maquis de l’Ouarsenis (ayant pour objectif de garder l’Algérie Française en remettant en cause le cessez-le-feu), il avait été condamné à mort par contumace pour ses activités OAS. A la demande d’interdire des cérémonies devant cette stèle fin octobre et de demander qu’elle soit retirée du domaine public, la Présidence de la République m’a répondu il y a 15 jours. Réponse stupéfiante !!! En dehors du fait que le conseiller de l’Élysée confonde amnistie et grâce présidentielle, il ose justifier ensuite qu’une réponse faite le 26 juin 2011 à une question posée en févier 2012 légitimerait la présence d’une telle stèle dans cette caserne. L’argument essentiel qui est développée dans ce courrier est révoltant : sous prétexte que ce militaire fut un résistant, reconnu comme tel, il peut avoir droit à des honneurs. Dans cette même logique il serait donc possible aujourd’hui d’honorer Pétain !!! Quel exemple, quel encouragement pour les nouvelles recrues de l’armée. On aurait pu espérer qu’une Présidence de la République élue sur le slogan "Le changement, c’est maintenant", évolue, que justement, sur ces dérives précédentes, des corrections significatives soient annoncées. Quel message adressé aux nostalgiques de l’Algérie Française de l’OAS. Quelle mise en cause des valeurs de la République. Quel scandale !!!.

Ces questions "embarrassantes", qui auraient été certainement posées lors de la réception de la délégation à l’Elysée ce mercredi 17 octobre, ne seraient-elles pas la raison du refus de la recevoir ? On peut s’interroger.

Le chemin reste encore long pour que la France redevienne un pays pouvant revendiquer une politique de respect des droits de l’homme :
-  Il reste à reconnaitre les crimes coloniaux, dont la France fut responsable, et pas seulement en Algérie et pendant la Guerre de libération. Il y a aussi les massacres de Sétif / Kherrata / Guelma le 8 Mai 1945, les massacres à Madagascar en 1947, la Guerre secrète au Cameroun entre 1955 et 1971 qui ont tous fait, à chaque fois, des dizaines de milliers de morts… Combien en Indochine ? Il ne faut pas oublier qu’en dehors des soulèvements de la population pour l’obtention de l’indépendance, la torture, les brimades, les humiliations… étaient une pratique "naturelle". Le code noir ou le code de l’indigénat avaient institué le racisme comme l’un des fondements de la politique de notre pays.
-  Ces dernières décennies la Françafrique a remplacé le colonialisme classique du début du 20ème siècle. Malgré les déclarations de campagne électorales de ce printemps ces pratiques ne semblent pas révolues : Ali Bongo, Blaise Compaoré, Idriss Déby ces dictateurs sanguinaires ont été reçus ces derniers mois avec tous les honneurs à l’Elysée

Espérons que ce premier pas augure d’un réel changement de politique en particulier envers l’Algérie, et plus largement envers les anciennes colonies, qu’enfin, la gauche au pouvoir fasse preuve d’humanisme, condamne le colonialisme et ses séquelles, condamne les crimes commis sur cette base au nom de la France, regagne une image de pays des droits de l’homme, permette un réel traité d’amitié entre les peuples algériens et français, favorisant les échanges qui devraient être si naturels entre les 2 rives de la Méditerranée.
Il est plus que temps de rompre avec la nostalgie du colonialisme, de l’ "Algérie Française", de l’OAS

Henri POUILLOT
Président de Sortir du Colonialisme

P.S. :

Les interrogations exprimées le 19 octobre sont confirmées par Laurent Fabius, qui a commenté dimanche matin 21 octobre 2012 dans le Grand Rendez-vous sur Europe 1, la prochaine visite du président de la république François Hollande en Algérie. "Les Algériens ne souhaitent absolument pas qu’on fasse un voyage tourné vers le passé", a -t-il souligné, rappelant néanmoins que "nos amis algériens ne souhaitent pas" un traité d’amitié franco-algérien, "mais un partenariat stratégique", centré sur les domaines économique, éducatif, énergétique et « pourquoi pas militaire ».

A moins que ce ne soit un nouveau couac gouvernemental, le premier pas serait-il le dernier ?

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