Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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Lettre au Président de la République
de Nicole BORVO et Guy FISCHER
50ème anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie

Interpellation du Président de la République par ces 2 sénateurs et la réponse décevante

Article mis en ligne le 18 juillet 2012
dernière modification le 31 août 2012

par Henri POUILLOT
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Monsieur François HOLLANDE

Président de la République

Palais de l’Élysée, 55, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75800 PARIS

Paris le 18 juillet 2012

Objet : Reconnaissance officielle du passé colonial de la France

Monsieur le Président

Nous avons à cœur de souligner la nécessité pour notre pays de s’engager dans la voie de la reconnaissance de son passé colonial et des tragiques conséquences qui en découlèrent.

Notre propos vaut bien sûr pour toutes les anciennes colonies françaises, mais en cette année du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, il nous semblerait particulièrement symbolique que notre pays accepte enfin de regarder son passé en face, d’assumer pleinement ses responsabilités vis- à-vis du peuple algérien.

Faisant suite à des décennies d’asservissement des populations, à des répressions massives à la moindre velléité de révolte, au pillage des richesses locales au profit des oligarchies financières qui contrôlaient toute la vie politique et économique du pays, cette guerre longue et cruelle coûta la vie à cinq à six cent mille Algériens, parmi lesquels un nombre considérable de femmes et d’enfants. Du côté français, près de 30 000 hommes sont tombés. A ces chiffres terribles, il convient d’ajouter un nombre incalculable de blessés et de victimes marqués psychologiquement par ce qu’ils sont dans l’incapacité d’oublier, sans oublier le drame des Harkis et le désespoir des rapatriés.

Certaines dates nous rappellent à quel point la violence et le crime d’État sont indissociables du colonialisme : la sauvage répression du 8 mai 1945 à Sétif, la "disparition" du mathématicien Maurice Audin en juin 1957, le massacre du 17 octobre 1961 à Paris et le massacre du 8 février 1962 au métro Charonne, sous les ordres du préfet de police Maurice Papon.

Pour apaiser enfin la douleur de toutes les victimes civiles et militaires, de celle de leurs familles, pour redéfinir des relations saines avec le peuple et le gouvernement algériens, il est aujourd’hui aussi indispensable qu’urgent de définir les responsabilités, de les assumer.

Des deux côtés de la Méditerranée, les populations jeunes ou moins jeunes, ayant connu la guerre ou non, manifestent une immense soif de vérité sur cette période sombre, estimant à juste raison que tant que perdureront secrets, non-dits et tentatives révisionnistes, France et Algérie ne pourront assurer la paix et la fraternité entre leurs peuples.

Ce n’est que lorsque ce passé sera pris en compte qu’une coopération réciproquement avantageuse pourra se mettre en place entre la France et l’Algérie, tant sur le plan culturel qu’économique ou scientifique. Cette coopération devrait intégrer la question de la libre circulation des personnes qui ont très fréquemment des attaches familiales dans les deux pays.

Un traité d’amitié pourrait concrétiser la nouvelle base de ces relations.

De plus, au moment où les peuples du Maghreb et du Proche-Orient manifestent leurs aspirations à la démocratie, à de vrais changements politiques et sociaux dans leurs pays, la France s’honorerait de s’inscrire positivement dans l’écriture de ce renouveau démocratique, de contribuer à de nouveaux rapports entre tous les peuples du sud de la Méditerranée.

La voix de la France dans le monde n’en serait que plus respectée et sa réputation de patrie des droits de l’Homme restaurée.

Persuadés que vous saurez conduire notre pays dans cette voie sur le plan diplomatique aussi bien qu’humain, nous vous prions de bien vouloir accepter, Monsieur le Président, I’assurance de notre très respectueuse considération.

Nicole BORVO COHEN-SEAT
Présidente du Groupe "Communiste, Républicain et citoyen"

Guv FISCHER
SÉNATEUR DU RHÔNE

Réponse du Président de la république

Le Président de la République

Paris, ie 2 août 2012

Madame la Présidente,
Monsieur le Sénateur,

Votre courrier du 18 juin 2012 a retenu toute mon attention. Les mémoires collectives des deux côtés de la Méditerranée entretiennent une guerre larvée de rancœurs qui perturbe incessamment
les relations entre les deux pays.

L’année 1962 a mis fin aux atrocités de la guerre d’Algérie. Il avait fallu l’autorité du Général de Gaulle pour s’inspirer enfin de la clairvoyance de Mendès-France qui avait su, à son époque, mettre
fin à la guerre d’Indochine. Cette guerre, responsable, de part et d’autre, de tant de morts et de tant de tragédies humaines, ne fut reconnue comme telle que par le Gouvernement de Lionel Jospin, qui a ainsi ouvert la voie à une reconnaissance officielle de la France de sa responsabilité historique dans le drame colonial. Ce travail de mémoire doit se poursuivre, en France, comme en Algérie.

J’entends développer durant mon mandat ce travail important de réconciliation entre la France et l’Algérie. il est nécessaire de refondre les relations entre nos deux pays sur un partenariat nouveau
qui pourrait se concrétiser, si l’Algérie y est disposée, par un grand traité d’amitié.

Nous avons le devoir, à l’égard des générations présentes et futures de développer les synergies évidentes entre la France et [’Algérie.

Je vous prie de croire, Madame la Présidente, Monsieur [e Sénateur, en l’assurance de ma considération distinguée.

Bien cordialement

François HOLLANDE

P.S. :

Ci-jointe la lettre des 2 sénateurs

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Ci-jointe la réponse de François Hollande

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Cette phase est fort ambiguë : "Cette guerre, responsable, de part et d’autre, de tant de morts et de tant de tragédies humaines, ne fut reconnue comme telle que par le Gouvernement de Lionel Jospin, qui a ainsi ouvert la voie à une reconnaissance officielle de la France de sa responsabilité historique dans le drame colonial."

Est-ce que la "brèche ouverte" alors va permettre, maintenant, le changement et que les plus hautes autorités reconnaissent et condamnent enfin les responsabilités de la France dans ce domaine ?

Souvenons nous que "l’Appel des 12" du 30 octobre 2000 demandant la condamnation de la torture était resté sans écho à Matignon alors occupé par Lionel Jospin

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de Nicole BORVO et Guy FISCHER
enfantde38 - le 19 juillet 2012

à Henry Pouillot ,
N BORVO et G FISCHER

Un merci sincère pour ce courage de dire ,destiné , cela est clair , à favoriser un retour à la paix si nécessaire pour rebâtir !

On ne peut se tromper sur ce sens ,essentiel ,de votre message !

Toute mon admiration à M. Pouillot pour la continuité de son travail en faveur des valeurs morales et humaines !

Ayant eu 20 ans en 1958 , alors que je croyais la France sortie de la guerre et des atrocités qu’elle entraîne , j’ai constaté avec chagrin que l’enfer recommençait comme si rien n’avait été retenu des leçons de l’HISTOIRE
donc je me permets de vous exprimer mon estime pour ce COURAGE de dire ,au nom de tous ceux/celles qui refusent absolument le retour et le culte du malheur !

DES PERSONALITES MARQUANTES PAR LEURS GRAND COURAGE
HADDADI LOUIZA - le 19 juillet 2012

A MONSIEUR POUILLOT .
VOTRE COURAGE ET LA BONNE VOLONTE DE METTRE LES CHOSES AU CLAIR .UN MESSAGE TRES LUCIDE ET SANS COMPLAISANCE .OUI LE FAIT DE DIRE CERTAINES VERITES REND JUSTICE AUX VICTIMES DES DEUX COTES ET çA LIBERE AUSSI LES ESPRITS ET APAISE LES CONSCIENCES .JE VOUS REMERCIE VIVEMENT .LOUIZA.H



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