Henri POUILLOT
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Lettre à Gérard Longuet Ministre de la Défense - 20 nov. 2011
"Honneurs" à répétition qui déshonorent l’Armée, la République Française

Depuis un peu plus d’un an, les Gouvernements sarkozistes multiplient des "honneurs" qui déshonorent la République Française, ses valeurs… je ne peux que m’insurger quant aux exemples fournis à notre jeunesse.

Article mis en ligne le 20 novembre 2011
dernière modification le 21 novembre 2011

par Henri POUILLOT
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Trappes le 20 Novembre 2011

Monsieur Gérard LONGUET
Ministre de la Défense

Objet : "Honneurs" à répétition qui déshonorent l’Armée, la République Française

Monsieur le Ministre,

Témoin de la Guerre d’Algérie comme appelé, je fus affecté, de juin 1961 à mars 1962, à la Villa Susini (le seul centre d’Alger où la torture a été pratiquée sans discontinuité pendant toute la Guerre d’Algérie). Je garde donc de cette période de forts douloureux souvenirs, d’autant plus que l’OAS m’a raté à 2 reprises pendant cette période. Aussi, quand je constate que depuis un peu plus d’un an, les Gouvernements sarkozistes multiplient des "honneurs" qui déshonorent la République Française, ses valeurs… je ne peux que m’insurger quant aux exemples fournis à notre jeunesse. Voici les quelques faits significatifs :
-  Les Victimes de la manifestation de la Rue d’Isly :
Le 26 mars 2010, le Ministère de la Défense a commis une infamie par la transformation du sens du Mémorial du Quai Branly à Paris en y faisant défiler 49 noms de victimes de la manifestation du 26 mars 1962 de la Rue d’ISLY à Alger. Il faut en effet se rappeler que ces manifestants répondaient à un mot d’ordre de l’OAS, une semaine après le cessez-le-feu pour contester cet accord, et tenter de le remettre en cause. Des commandos de l’OAS ont tiré sur la troupe, ce qui, obligatoirement allait provoquer une réaction meurtrière.
Les victimes de la fusillade de la rue d’Isly le 26 mars 1962 à Alger ne sont donc pas "mortes pour la France" mais tombées pour soutenir l’action criminelle de l’OAS, CONTRE la France. Leurs noms doivent disparaître de ce lieu symbolique, c’est un affront aux réelles victimes qui, elles, sont mortes pour la France.

-  Le Colonel Château Jobert :
Le 22 octobre 2010, eut lieu l’inauguration officielle du monument à l’effigie du colonel Pierre Château-Jobert à Pau, au pied du mât des couleurs de l’ancienne place des agrès de l’ETAP.
Or ce Colonel Pierre Château-Jobert :
- se solidarise avec les officiers qui, le 22 avril 1961, autour du général Challe, ont saisi le commandement à Alger, ce qui lui vaut plusieurs mois d’arrêts de forteresse à l’occasion de ce putsch qui tenta de renverser la République Française.
- déserte en janvier 1962 pour rejoindre le commandement de l’OAS dans l’est algérien
- est condamné à mort par contumace en 1965 et ne rentrera en France de son exil qu’en 1968, après la première amnistie.
Avec un tel palmarès comment cela est-il compatible que cet officier, déserteur, condamné à mort, ayant tenté de renverser la République puisse être honoré ? Est-ce l’exemple qui doit être donné aux nouvelles recrues de l’Armée Française en formation ?

-  Jean-François Collin : promu "Chevalier de la Légion d’Honneur :
Le 5 mai dernier Jean-François Collin était élevé au grade de Chevalier de la Légion d’honneur au titre militaire des mutilés de la Guerre d’Algérie, cette nomination comporte l’attribution de la croix de la valeur militaire avec palme et annule les citations antérieures qui ont été attribuées à l’intéressé pour les mêmes faits.

Jean-François Collin était sous-lieutenant pendant la Guerre d’Algérie. Il est présenté, dans le livre très documenté "Histoire secrète de l’OAS" de Georges Fleury (disant : "Moi aussi, j’ai été ’Algérie Française’)" page 566 : "Ce jeune sous lieutenant du groupement des commandos parachutistes a participé sous les ordres du Capitaine Murat à la prise du Palais d’été d’Alger au soir du 22 avril 1961. Sous le nom de code "Valentin" il a repéré que Yves Le Tac (frère du ministre Joël Le Tac) était hospitalisé au Val de Grâce à Paris, Il participera à une première tentative d’assassinat, reportée au tout dernier moment, et ce n’est que par miracle que ce gaulliste échappera à l’attentat du 18 février 1962 perpétré par le commando dirigé par le lieutenant Godot, et préparé avec l’aide de JF Collin" .
JF Collin a été emprisonné à l’Ile de Ré pour ses activités dans l’OAS. Il a fait partie du "Maquis de l’Ouarsenis", cette organisation militaire de l’OAS qui rêvait de pouvoir ré-éditer le putsch manqué d’avril 1961.
Accessoirement, il a été également élu conseiller municipal du Front National à Hyères (83). Il est président de l’ADIMAD-OAS, association revendiquant environ 1200 adhérents dont 750 ont été condamnés pour leur activité au sein de l’OAS.

La cérémonie de remise de cette décoration est une démonstration complémentaire de cette imposture. C’est devant la stèle érigée dans le cimetière de Marignane(13), stèle honorant l’OAS et ses "héros" c’est-à-dire les 4 condamnés à mort et exécutés pour leurs crimes commis au nom de cette organisation séditieuse, criminelle. Le journal la Provence, dans son édition du 2 novembre écrivait "Cette distinction honorifique, qu’il "ne portera jamais, tant qu’un gaulliste ou un ami du FLN sera à l’Élysée", il l’a reçue officiellement, hier, des mains d’un condamné à mort par contumace, Jean Bireau, dit "capitaine Jean", figure de l’OAS pendant la guerre d’Algérie et exilé, un temps, en Amérique Latine pour échapper à la justice française. Dans un lieu symbolique pour l’occasion : le cimetière Laurent-Imbert où a été réinstallée la stèle en hommage aux fusillés de l’organisation de l’armée secrète (OAS)."

Pas de Marseillaise, mais la sonnerie aux morts, et le chant des Africains repris en chœur par toute l’assemblée, après la succession de dépôts de gerbes. La Légion d’honneur ? " Une croix dédiée à tous les combattants de l’OAS fusillés par le plus grand traître de l’Histoire de France ", a déclaré le récipiendaire. Celui-ci poursuivait en précisant que, pour lui, la distinction qu’il recevait ainsi avec cette insigne c’était une distinction de celui qui l’avait instituée et "non du paltoquet qui vibrionne à l’Elysée et qu’il aurait honte de devoir remercier ".

-  Le Commandant Hélie Denoix de Saint Marc doit être promu Grand Croix de la Légion d’Honneur.

D’après le journal le Figaro, il est désormais annoncé que le commandant Hélie Denoix de Saint Marc serait élevé à la dignité de Grand croix de la Légion d’honneur, la plus haute distinction, sans doute aussi à titre militaire. Cette nomination a été confirmée le 14 Novembre par Marc Laffineur, Secrétaire d’Etat aux anciens Combattants. Ce dernier a même osé justifier cette distinction honorifique en déclarant qu’il ne faut pas juger un homme sur une petite erreur qu’il aurait pu commettre à un moment de sa vie, mais sur l’ensemble de son œuvre.

Hélie Denoix de Saint Marc fut, fut certes un résistant, interné au Camp de Buchenwald, mais surtout le Commandant du 1er REP, ce Régiment Etranger de Parachutistes de la Légion Etrangère qui s’est tout spécialement distingué pendant la Guerre d’Algérie, à Alger pendant le "Bataille d’Alger" puis à l’occasion du putsch d’Avril 1961. C’est en avril 1961 que ce commandant prend le commandement de ce 1er REP quelques jours plus tard, il sera l’un des principaux officiers qui tenteront de renverser la République Française par ce putsch dirigé par le quarteron de Généraux. Il sera condamné à 10 ans de réclusion criminelle. Il passera cinq ans dans la prison de Tulle avant d’être gracié, le 25 décembre 1966.
Etre l’un des principaux responsables de la réalisation de la prise du Palais d’Eté d’Alger est-ce une simple petite erreur dont on n’a pas à tenir compte ?

-  Les Cendres de Bigeard : La Torture, Les crevettes Bigeard un modèle français !!!

En voulant déposer les cendres du Général Bigeard aux Invalides à Paris, c’est bien le message qui veut être délivré.

Marcel Bigeard a acquis sa principale notoriété pendant la guerre d’Algérie, et tout particulièrement pendant la "Bataille d’Alger".

Bigeard, lui, défend ses hommes. La torture ? Bien sûr qu’elle existait, répondait-il, mais pas chez lui : "Les interrogatoires musclés, c’était un moyen de récolter des infos. Mais ces interrogatoires étaient très rares et surtout je n’y participais pas. Je n’aimais pas ça." Il n’aimait pas ça, et il n’aimait pas que la presse en parle autant. Venu décorer des anciens d’Algérie, il coupe court aux questions des journalistes : "Je n’ai pas dit que ça n’existait pas, tout le monde le sait qu’il y a eu de la gégène [...]. M’emmerdez pas avec ça, on en parle toute la journée, ça suffit."

La technique des "Crevettes Bigeard" ? Elles resteront la sinistre image de cette époque qui perpétuera ce nom. Pour beaucoup, ce terme employé alors ne signifie rien, surtout qu’il ne figure dans aucun livre d’histoire de notre enseignement. Pourtant c’est en employant cette expression que Paul Teitgein interrogeait Massu, en 1957, sur les milliers de disparus pour lesquels il n’avait aucun rapport concernant leur "évaporation". Pour éliminer physiquement, en faisant disparaître les corps, Bigeard avait inventé cette technique : sceller les pieds du condamné (sans jugement, sinon le sien), vivant, dans un bloc de béton et le larguer de 200 ou 300 mètres d’altitude d’un avion ou d’un hélicoptère en pleine mer. Il avait perfectionné cette technique : au début les algériens étaient simplement largués dans les massifs montagneux, mais leurs corps étaient retrouvés. La seconde étape fut le largage en mer, mais quelques uns sont parvenus à revenir à la nage sur la côte et échapper miraculeusement à la mort. C’est pourquoi il "fignola" le raffinement de sa cruauté en inventant le bloc de ciment. C’est par cette technique enseignée par son ami le Général Aussaresses (et les officiers supérieurs instructeurs associés Lacheroy, Trinquier…) que cette technique a été utilisée en Argentine en particulier pour les 30.000 disparus que pleuraient les "Folles de la Place de Mai".

Il avait même été évoqué que ces cendres puissent être déposées au Panthéon, puisque les Vietnamiens s’étaient opposés au largage au dessus de Dien Bien Phu, mais le sarkozisme a sans doute estimé que la provocation serait difficile à faire accepter, et ils se sont contenté de rester dans le cadre militaire, et de trouver un emplacement parmi les autres militaires "illustres". Pour ces raisons, il n’est donc pas tolérable que de tels hommages puissent être rendus à un tel odieux personnage, un tel criminel.

Un geste fort, mais digne des valeurs de la République Française, serait d’accueillir, dans ce lieu prestigieux, un autre militaire, un para, lui aussi, qui s’est, lui aussi, distingué pendant la guerre d’Algérie, le Général le plus décoré à l’époque : Le Général Jacques Paris de Bollardière. En dénonçant la torture et en refusant de la pratiquer, il mérite bien, lui, par contre les honneurs de la République.

Non Monsieur le Ministre, la multiplication de tant d’honneurs rendus à de tels personnages est indigne des valeurs de notre République. Quels exemples pour notre jeunesse !!! Et pourtant on ne compte plus les réactions de Ministres pour demander aux jeunes de respecter le civisme.

La décision du Conseil d’Etat du 14 novembre 2011 qui stipule qu’une stèle dédiée à l’OAS n’a pas sa place dans un cimetière parce que "l’autorisation d’occuper un emplacement dans le cimetière pour y ériger une stèle, laquelle ne constituait pas un simple monument commémoratif à la mémoire de personnes défuntes mais manifestait une prise de position politique et procédait à l’apologie de faits criminels" devrait pouvoir s’appliquer, dans son esprit, puisqu’il y a, à chaque fois, une forme d’apologie de faits criminels.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, mes plus respectueuses salutations, et j’attends avec impatience vos décisions pour "réparer" ces "erreurs".

Henri POUILLOT.

P.S. :

Je publierai ici sa réponse

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