Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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Daesh vient de gagner une manche !!!
Article mis en ligne le 20 novembre 2015
dernière modification le 8 décembre 2015

par Henri POUILLOT
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Ces attentats du 13 novembre 2015 sont évidemment une catastrophe, un drame terrible qui touche tout le monde, directement ou simplement parce que chacun pense qu’il aurait pu en être la victime, ou pourra peut-être l’être, dans un avenir indéterminé. La suite avec l’épisode du 18 novembre à Saint Denis vient amplifier l’atmosphère de peur ainsi déclenchée.

Daesh a obtenu l’un de ses buts essentiels : créer un climat de panique dans la population française et que cette nébuleuse terroriste soit considérée comme capable de détruire la République Française.

Ce terrorisme a bien évidemment des causes internationales.

Sur le fond, tant que les causes du développement de ce type de terrorisme et que des mesures pour tarir son fond de commerce ne sont pas prises en compte, Daesk trouvera sans difficulté des adeptes près à mourir en semant la mort de façon aveugle.
La conception de guerre de civilisation appliquée sous différentes formes (même si le terme en est souvent utilisé de façon plus modérée qu’il y a quelque temps). la déstabilisation des États, la caution internationale à des dictateurs, ont généré des haines, des victimes se considérant, ou considérées comme des martyrs, source de recrutement de pèlerins, de djihadistes...

Le silence et la complaisance à l’égard de la politique d’apartheid menée par Israël ne respectant pas les résolutions de l’ONU, n’est pas étranger à entretenir un climat favorable à un développement de violences. L’amalgame assimilant les actes de défense du peuple palestinien à du terrorisme ne peut que créer un déséquilibre dans les notions de valeurs.

La France, avec son passé colonial non assumé, reste pour d’anciens colonisés un pays hostile. Sa façon de donner des leçons de droits de l’homme à toute occasion (comme par exemple, face à Saddam Hussein et l’utilisation du gaz Sarin, alors que la France l’a utilisé pendant la Guerre de Libération de l’Algérie), son refus de reconnaître et condamner les crimes d’état et contre l’humanité commis en son nom pendant la période coloniale jusque dans les années 1960 est insupportable. La politique de Françafrique poursuivie par notre pays maintenant une partie de la population dans le misère, comme la politique de gendarme menée au Moyen Orient ne peuvent que générer une source de recrutement pour des organisations du type de Daesh .

La façon dont les pouvoirs publics (Président de la République, Gouvernement), amplifiée par les médias, réagissent, est très inquiétante pour plusieurs raisons.

- la médiatisation outrancière, tournant en boucle, avec une volonté de catastrophisme, a créée un climat de peur généralisée, une immense impression d’insécurité. On doit se demander pourquoi, comment, dans les heures, jours immédiats qui ont suivi ces évènements les multiples reportages avec des interviews de ministres, hauts fonctionnaires, officiers, ont été enregistrés bien avant ces évènements et qu’ils ne sont diffusés que maintenant et ce pour justifier cette politique. Par exemple, dès jeudi 19 novembre en soirée, des officiers nous expliquent que grâce aux frappes aériennes Daesh est sur le point d’être anéanti !!! Or, la plupart des experts reconnaissent que ces opérations ne pourront jamais réaliser ces objectifs. La politique de communication, quasi à sens unique, est remarquablement orchestrée pour engendrer un climat de peur, nécessitant, alors, des mesures dites sécuritaires.
- les dispositions prises, ou prévues d’être adoptées, avec "l’état d’urgence" et son extension, ont démontré par le passé l’inefficacité de telles mesures. Toutes les lois sécuritaires qui se sont ajoutées depuis des dizaines d’années n’ont rien réglé réellement.
- les nouvelles mises en cause prévues des libertés individuelles et collectives ne peuvent qu’être inquiétantes
- certes des mesures de renforcement des effectifs de police, gendarmerie, peuvent aider à lutter contre les groupes terroristes.
- que ce soit en Afghanistan, en Irak, au Mali,... nulle part les opérations militaires n’ont permis d’éradiquer le terrorisme, pire, la plus part du temps, elles l’ont renforcé.

Il y a aussi des raisons dans la politique intérieure de la France :

- dans l’ensemble du déferlement médiatique, aucune réflexion n’est lancée pour se poser la question fondamentale : pourquoi la quasi totalité de ces terroristes qui ont opéré ces derniers jours sont des Français qui ont basculé, d’autant plus que la propagande diffusée laisse entendre que les Français fourniraient le principal contingent étranger de Daesh. Pourtant, si l’on ne comprend pas ces raisons, comment pourra-t-on enrayer ce processus. Le passé colonial, là aussi continue de générer des séquelles : l’expression "issu de l’immigration" stigmatise, discrimine une partie de nos jeunes français (cette expression ne "vise" pas Nicolas Sarkozy ou Manuel Valls, mais ceux qui ont eu des antécédents d’indigènes des anciennes colonies). Ils restent donc toujours des citoyens de seconde zone, jamais des Français à part entière.
- le désespérance de jeunes qui ne perçoivent aucune perspectives, et dont de nombreux restent au chômage.
- les politiques qui ont aidé au développement du racisme : le ministère de l’Identité nationale et le débat qui en a découlé ont "libéré" la parole et les actes racistes. Mais la pseudo "gauche" n’a pas rompu nettement avec ce climat institutionnalisé : l’exemple des propos de Manuel Valls concernant les Roms, où la politique de l’immigration, le refus d’accorder, malgré les promesses, le droit de vote aux étrangers sont autant d’éléments générant des tensions, des obstacles à une cohésion de la population.
- malgré la déclaration de 2015, année de lutte contre le racisme, le gouvernement a réduit les subventions aux associations comme le MRAP, la FASTI... Ilne suffit pas de mots, mais il faudrait mettre les actes en adéquation.
- la politique de remise en cause des services publics, avec un regard déformé sur le "coût", et non l’apport au vivre ensemble.
- la politique de remise en cause des subventions aux associations, avec les réductions de dotations, et tout particulièrement pour le sport, fait que de nombreux jeunes se retrouvent désœuvrés. En affaiblissant le tissu social, le vivre ensemble devient difficile Et ne vaut-il pas mieux permettre à des jeunes de profiter d’activités sportives culturelles, que de les contraindre au désœuvrement ?

Alors les mois à venir vont être durs.

Avec cette terrible dérive d’une illusion de sécurité le risque de nouveaux attentats ne peut, effectivement, avec une telle politique, que grandir.

D’ailleurs, en ce 20 novembre, l’attentat de Bamako en est une terrible illustration. La France était intervenue pour y éradiquer le terrorisme, et en 3 mois, tout allait être réglé par cette intervention militaire. Cela va faire bientôt trois mois et l’actualité en fait une cruelle démonstration.

Les surenchères politiciennes sont très très inquiétantes. Certes l’échéance électorale des régionales est pour dans 3 semaines, et je n’ose pas penser que ces mesures annoncées ne sont pas dictées par des inquiétudes politiciennes.

Non seulement nos libertés individuelles et collectives, l’une des principales fiertés de la France, vont être remises en cause, sans pour autant écarter le risque de nouveaux attentats, mais pire, Daesh aura gagné cette première manche.

PS. : C’est mon expérience d’ancien appelé de la Guerre de Libération de l’Algérie, rescapé de 2 attentats à l’époque, qui justifient ce billet. Et puis, c’est aussi comme militant antiraciste, anticolonial que je m’exprime.

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