Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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L’après "Charlie" : journée historique ?
Article mis en ligne le 12 janvier 2015
dernière modification le 18 janvier 2015

par Henri POUILLOT
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J’ai peur, très peur, de la récupération de l’émotion nationale qu’ont provoqué ces attentats et prises d’otages

Ma peur principale n’est pas qu’il y ait, demain, un nouvel attentat en France avec beaucoup de victimes, même si ce serait un nouveau drame, drame condamnable, mais que tous les ingrédients sont désormais remplis pour que qu’un climat délétère soit instillé en France sous couvert "d’unité nationale", et au niveau mondial sous couvert de lutte contre le terrorisme.

Évidemment,cet attentat restera une date historique avec des conséquences qu’on ne peut encore mesurer.

Mais cette "unité nationale" n’est qu’une façade. Cet "angélisme" apparent cache mal la récupération politique recherchée pour cacher les responsabilités passées de ceux qui ont généré la situation actuelle.

En effet, la montée du racisme, en France, mais pas seulement, depuis des années, a été exacerbée par une politique délibérée. La guerre de civilisation qui a justifié de nombreuses interventions militaires sur notre planète, générant des "martyrs" a été menée de façon cynique. La "démonstration" en Afghanistan est évidente : les services secrets américains ont "utilisé" des talibans pour rejeter la présence soviétique, puis pendant une dizaine d’années, les troupes américaines mais aussi françaises (et de nombreux autres pays) ne sont pas parvenues à éradiquer l’islamisme le plus rétrograde, et celui ci, désormais, contrôle, de fait, le pays. Quel échec à l’affichage de cet objectif. !!! Comment penser que c’est par une intervention militaire voire même par des mesures législatives que l’on peut imposer des façons de penser.

En France, on constate que depuis des années, des mesures politiques ont favorisé les réactions racistes.Les séquelles du colonialismes n’ont jamais été cicatrisées. La France n’a jamais reconnu et condamné sa responsabilité dans ce domaine. Pire, elle pratique une politique de "Françafrique" qui n’est rien d’autre qu’une forme de colonialisme. Mais aussi, le ministère de l’identité nationale (avec le débat correspondant) orchestré par Nicolas Sarkozy et sa majorité de "droite décomplexée" ont semé les ferments d’une relance de la parole et des actes racistes qui perdureront encore pour longtemps.

L’islamophobie, a considérablement progressé dans notre pays. Comment ne pas comprendre qu’une violence n’en entraîne pas une autre ? Le dessin du journal algérien liberté du 12 janvier est explicite .

Depuis l’attentat contre Charlie-Hebdo, le déferlement de l’information en continu a joué un rôle important pour formater une opinion publique dans un esprit "d’unité nationale", non pas sur une réflexion sur les racines de la possibilité qu’un tel drame se déroule en France, mais pour générer une émotion spontanée. Déjà se sont exprimées les idées que des lois répressives soient mises en place, qu’une intervention militaire soit accrue dans le monde (avec encore une place plus importante de la France) pour "éradiquer" le terrorisme.

Combien de fois a-t-on entendu une démarche demandant aux musulmans de se justifier de leur non-extrémisme, de condamner les actes barbares !!! En quelques jours, il y a eu plusieurs lieux de culte musulmans qui ont été profanés, attaqués. Les protestations n’ont pas été à la hauteur de ces dérives découlant de l’islamophobie rampante, qui est entrain, qui va inévitablement se réactiver de façon inquiétante. Un engrenage est en route, inquiétant.

Comment s’étonner que des jeunes stigmatisés pour leurs origines, discriminés pour leur appartenance (souvent supposée) à l’islam, leurs difficultés économiques qui en découlent et les rejettent de la société française, les excluent, n’aient pas une impression d’humiliation, une volonté de révolte. Je me souviens d’un jeune basketteur, il y a 15 ans de cela, me disant : "il n’y a que 2 lieux où je suis reconnu, considéré comme les autres jeunes français le gymnase et la mosquée." Tous ces discriminés sont évidemment des proies pour ceux qui vont utiliser cette misère pour les "enrôler" dans une démarche de repli, de radicalisation.

Comment ne pas être choqué que dans la marche nationale, parmi les chefs d’état, on retrouve le premier ministre d’Israël et des représentants d’extrême droite de ce pays qui pratiquent un terrorisme d’état, A côté de lui, combien de dictateurs, foulant aux pied les concepts de liberté, ont osé s’afficher dans les rues de Paris (Davutoglu, Bongo...). Cette unité là, ça ne sent rien de bon.

Oui, vraiment, l’après "Charlie" peut faire peur. Le rejet de la barbarie devait, avec une haute conception humaniste, amener à rechercher une éradication du racisme, de ses causes, une amélioration harmonieuse du vivre ensemble avec ses différences, le respect de l’autre, la mise en application du concept républicain "Liberté, Égalité, Fraternité" auquel il faudrait ajouter "Laïcité". Mais l’exploitation de la sensiblerie risque bien d’être utilisée pour de basses œuvres politiciennes.

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