Henri POUILLOT
Guerre d’Algérie, Colonialisme...
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Monsieur le Président je vous fais cette lettre...
Article mis en ligne le 16 novembre 2014
dernière modification le 21 novembre 2014

par Henri POUILLOT
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Oui, Monsieur le Président de la République, vous avez raison de condamner les crimes contre l’humanité. Un otage décapité, simplement parce qu’il est étranger, et peut-être un "mécréant" (ou parce qu’il est considéré comme tel) ce n’est pas acceptable et mérite la plus vive des condamnations. Je suis tout aussi révolté que vous de cette infamie.

Mais, Monsieur le Président, votre indignation serait plus crédible si la France avait reconnu et condamné les crimes d’état et crimes contre l’humanité commis en son nom, comme en particulier entre 1954 et 1962 en Algérie.

Ma réaction est d’autant plus vive que, à l’occasion du 60ème anniversaire du Déclenchement de la Guerre de Libération de l’Algérie, je viens de passer 10 jours à Alger. Toute la ville était pavoisée de centaine de milliers de petits drapeaux algériens accrochés à chaque lampadaire, aux balcons..., et de deux types d’affiches et banderoles rappelant cette date historique.

Ce sont de multiples manifestations honorant les centaines de milliers de victimes de cette Guerre de Libération qui se sont déroulées à Alger mais aussi dans toutes les villes et villages d’Algérie rendant hommage aux victimes de la barbarie française.

Le 17 juin dernier, vous avez "reconnu" officiellement que Maurice Audin ne s’était pas évadé mais était mort en détention. Vous n’avez pas eu le courage de dire qu’il avait été la victime d’un crime contre l’humanité ou un crime d’état (en fonction de la responsabilité). Vous n’avez pas voulu le dire, officiellement, malgré "les documents et témoignages concordants" (évoqués dans votre déclaration mais non communiqués, toujours restés secrets). Vraisemblablement, selon les informations connues à ce jour, Maurice Audin a certainement été assassiné, sans doute au couteau, froidement, par des militaires sur ordre de qui ? Est-ce que ce crime est moins odieux que celui de l’otage qui vient d’être exécuté ? Quel outil de mesure utilisez vous pour évaluer le degré de barbarie ?

Pour ce 60ème anniversaire du déclenchement de la Guerre de Libération Algérienne les autorités françaises ont fait preuve d’un silence assourdissant, sur l’ensemble des responsabilités de la France dans ce conflit. Je vous rappelle que notre pays s’est "distingué" par les tortures, les viols, les crevettes Bigeard, les villages rasés au napalm (près de 800), l’utilisation du gaz sarin et VX, les essais nucléaires, les camps d’internement pudiquement appelés de regroupement...

Pendant ce séjour à Alger, lors des manifestations de cette commémoration, j’ai rencontré de nombreuses victimes, victimes de la torture en particulier, j’ai été interrogé sur l’affaire Maurice Audin (j’ai donné une longue interview à El Watan à ce sujet), à chaque fois, la même question : quand est-ce que la France va reconnaître sa responsabilité, Monsieur Pouillot, quand allez-vous être entendu ?

Oui, Monsieur le Président, avant de donner à tout moment des leçons de droits de l’homme, la France serait plus crédible et sa voix mieux entendue si elle avait enfin reconnu et condamné les crimes commis en son nom.

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